Les mots travaillent

Publié le par Pim

Dans un systéme où chacun est mis à contribution - travaille - les mots aussi doivent rapporter quelque chose.

 

On le sait, l'essentiel de leur usage est destiné à formater les consciences, de telle sorte que - prises dans le tourbillon de la confusion, du chantier auquel les mots sont soumis de sorte que personne ne sache plus ce qu'ils sont censés signifier -, celles-ci s'assoupissent, laissent tomber la neige, prenant la tangente de la pêche à la ligne.

 

Le renversement de leur sens, le brouillage par lesquels ils sont travaillés au corps, en font de bons petits soldats, de bons petits ouvriers du bouleversement général auquel est désormais soumis le réel, de sorte que, laissant la place à son simulacre, celui-ci soit parlé dans une langue qui le rende encore plus opaque. La transparence, comme l'une des revendications premières de ces temps, traduit l'opacité du monde, l'incapacité de le comprendre, d''en saisir les ressorts et aussi, bien de s'en saisir pour le transformer.

Le secret gagne en puissance, ainsi que le traduit la montée aux plus hautes fonctions, désormais visiblement, des services de renseignement et de leur armes de perforation de tous les coffres.

 

Comment s'étonner alors que la pratique première de la guerre secrète - à laquelle ces services spéciaux sont tout spécialement entraînés, préparés et avec une importance grandissante, pans entiers de la guerre si l'on en juge par l'existence, désormais, d'unités spéciales tout entières consacrées à la contre-insurrection -, le terrorisme, soit devenu le terme même que la domination emploie pour désigner ses ennemis, elle qui ne cesse d'en user et abuser.

 

Le terme, mis en exergue par la Russie tsariste pour désigner les anarchistes qui le menaçaient, fut aussitôt repris par l'Allemagne, contre les Spartakistes dans un premier temps, puis contre toute forme de résistance dans les territoires qu'occupaient la Wehrmacht et les unités SS.

On en sait la faveur  depuis, et notamment depuis Bush et sa "guerre contre le terrorisme", si juteuse pour les compagnies privées qui en assumèrent la charge.

 

En Syrie, il ne fut nullement question de terroristes, mais de terrorisme d'État, et notre gouvernement "socialiste", soucieux de jouer les toutous de l'Amérique et de faire OUBLIER le dissident Chirac, commença par battre le rappel sur la planète entière pour soutenir la rébellion syrienne.

Des jeunes gens, le prenant au mot, prirent leur paquetage pour grossir les nouvelles "brigades internationales" devant renverser la "république laïque d'Assad". Puis l'Amérique "découvrit" - Ô hasard - que la rébellion était une guerre d'influence que se livraient sur le territoire syrien les citadelles du djihadisme, Arabie de la théocratie saoudite et jeune prétendant au titre, le Qatar(1). Les jeunes Français ayant rejoint la rébellion durent alors découvrir à leurs dépens qu'ils étaient devenus, aux yeux du versatile Hollande(2), des "terroristes".

 

En Ukraine, le régime a eu moins de succès qu'en Syrie, aussitôt renversé par les contras entraînés à cet effet(3) et jetés contre lui sur une décision de Washington d'en finir avec l'opposition russe au mercantilisme agressif de l'Occident. Le nouveau pouvoir, constitué entre autre de ces milices fascisantes, s'octroie une légitimité qu'il n'a pas et décrète que tout opposant est un "terroriste". Ainsi, en Ukraine de l'Est, ceux qui refusent le coup d'État de Kiev, seront-ils déclarés tels et "supprimés" s'ils ne rendent pas les armes. Ainsi en a décidé ce pouvoir sorti des barricades à Kiev, afin de mieux se donner une façade de cette légitimité qui lui fait tant défaut.

 

Le mot a donc de l'emploi, manifestement - il aura permis la réduction à un souvenir du peu de protection démocratique dont les peuples disposaient : grâce au Patriot Act, les Ricains sont enfin "protégés" comme l'est par son souteneur la pute sur son trottoir(4) - , et comme il travaille bien, il rapporte, ainsi que doit le faire tout instrument de travail dans cette société où rien ne saurait avoir d'usage, ni même d'existence, s'il ne "travaille" pas - comprendre s'il ne rapporte pas.

C'est ainsi qu'“Il a fallu sept ans pour que le gouvernement américain parvienne à ses fins : obtenir la saisie d'un immeuble situé en plein cœur de Manhattan, dont les propriétaires sont accusés d'avoir violé les sanctions imposées contre l'Iran (...)
Il appartient aujourd'hui à la 650 Fifth Avenue Company, une société foncière détenue à 40 % par le groupe Assa et à 60 % par la Fondation Alavi, une organisation à but non lucratif qui promeut la culture islamique et la langue persane, qui a succédé à la fondation Pahlavi.
La justice reproche à la 650 Fifth Avenue Company de disposer d'un compte à la banque nationale iranienne Melli, sur lequel plus de 17 millions de dollars ont été déposés entre 2000 et 2007. Depuis 2008, cet établissement financier fait partie de la liste des entreprises dont les avoirs sont gelés en raison de leurs liens avec le programme nucléaire iranien. Les loyers perçus par la société foncière se sont élevés, entre 1996 et 2008, à 228,2 millions de dollars.(...)
Le 16 septembre, une première décision du tribunal de New York avait estimé que « sur la base de preuves incontestées, Assa est une couverture de la banque Melli et donc une couverture pour le gouvernement iranien ». Ce jugement a été confirmé, jeudi 18 avril, ouvrant la porte à la saisie de ce bien estimé à plus de 800 millions de dollars. « Avec cette décision, nous avons fait un pas important pour parvenir à ce qui sera la plus importante confiscation liée au terrorisme et pour fournir une compensation importante aux victimes du terrorisme », a souligné le procureur de New York, Preet Bharara, (...)

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/04/19/saisie-d-un-gratte-ciel-de-manhattan-detenu-par-l-iran_4404355_3222.html

 

Pour autant, et puisque c'est là la véritable mesure de la chose, on doit remarquer combien le "terrorisme", s'il a une grande utilité à la "bonne gouvernance des peuples", ne suffit guère à nourrir ses marchands d'armes. C'est pourquoi, les canons, qui s'étaient tournés vers le Sud à la fin de la "guerre froide", se sont à nouveau remis en position vers l'Est, pour un nouvel et juteux" équilibre de la terreur".

Reste à savoir si son remake, pour ne pas dire sa parodie, dans des conditions historiques différentes, aura le même effet sur les peuples :

 

"Les données, concernant 2013, montrent qu’on dépense dans le monde, dans un objectif militaire, 3,3 millions de dollars par minute, 198 millions de dollars par heure, quasiment 4,8 milliards de dollars par jour. Ce qui équivaut à 1747 milliards de dollars en une année.
La dépense militaire mondiale est en réalité encore plus élevée que celle calculée par le Sipri quand il fait la somme des budgets de la défense des différents pays : il s’y ajoute en fait diverses dépenses de caractère militaire, incluses dans d’autres chapitres des budgets d’Etats. (...)
En ajoutant ceux-ci et les autres postes de dépense au budget officiel du Pentagone (640 milliards en 2013), la dépense militaire étasunienne grimpe à quasiment 1000 milliards de dollars annuels. Ce qui signifie qu’environ un dollar sur quatre, dans le budget fédéral, est dépensé dans un objectif militaire.
Si l’on ne s’en tenait même qu’au chiffre de 640 milliards de dollars fourni par le Sipri, les Etats-Unis restent nettement en tête dans le classement des 15 pays ayant la plus grosse dépense militaire du monde. Suivent à distance, comme en 2012, la Chine et la Russie avec une dépense estimée respectivement à 188 et 88 milliards de dollars en 2013. L’ordre change par contre notablement dans la partie restante du classement. L’Arabie Saoudite passe, par rapport à 2012, du septième au quatrième rang. Suivent la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne (qui avance du neuvième au septième rang), le Japon, l’Inde, la Corée du Sud, l’Italie (avec une dépense estimée à 32,7 milliards de dollars en 2013), le Brésil, l’Australie, la Turquie, les Emirats Arabes Unis. Ces 15 pays totalisent 80% de la dépense militaire mondiale.
Les données du Sipri mettent en évidence de fortes augmentations dans les budgets militaires de divers autres pays, surtout ceux où les Etats-Unis exercent leur influence. En Europe orientale, le budget militaire de l’Ukraine a grossi de 16% par rapport à 2012."
http://www.mondialisation.ca/la-depense-militaire-revient-a-la-guerre-froide/5377858

 


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NOTES, SOURCES & LIENS

 

1 - Des missiles anti-tanks ont été tirés contre l’armée arabe syrienne au cours des deux dernières semaines par Harakat Hazm, un groupe islamiste créé par l’Otan en janvier 2014. Il semble que plusieurs centaines de BGM-71 TOW aient été livrés depuis la Turquie à ces mercenaires, (...)
En février 2012, les takfiristes de l’Émirat islamique de Baba Amr disposaient de missiles Milan de fabrication franco-allemande et d’un encadrement d’officiers français

http://www.mondialisation.ca/video-larabie-saoudite-a-livre-des-centaines-de-missiles-anti-tanks-a-ses-mercenaires-en-syrie/5378369

 

2 - À propos de la récente libération pascale à point nommé des 4 journalistes français retenus en Syrie par les milices islamistes, le désopilant ministre des Affaires étrangères de l'État français aura eu ces mots, pleurant les palmes de la reconnaissance : ""Ce fut un travail long et difficile". Fabius Imprecator mercantilis aura dû marcher sur des œufs pour trouver 4 otages empaquetés sous une frontière au fond du désert. Une vraie mère poule. Cot ! Cot ! Cot ! Codec !

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/04/20/ce-que-l-on-sait-sur-la-detention-et-la-liberation-des-otages_4404428_3218.html

Le pauvre ! devoir travailler pour gagner sa pitance à son âge et avec sa fortune. Enfin, pas trop, quand même puisqu'il y a toujours lieu de "s'entendre" - n'est-il pas ? - avec d'anciens "alliés" que l'on aura soutenus militairement, financièrement, logistiquement pour se faire la tête 'd'Assad, ....

Quand on choisit aussi mal ses "alliés" ... que l'on arme, de surcroît, on s'expose à leur trahison. La chose n'est pas sans précédent, et donc connue depuis au moins les Ricains comptant sur Ben Laden et les talibans qu'ils armèrent pour affaiblir durablement l'URSS ... on a pu voir la suite du feuilleton, sans vraiment parvenir à distinguer le vrai du faux, et Ben Laden de l'agent de la CIA qu'il fut avant de devenir "l'ennemi n°1 justifiant du Patriot Act et abattu comme un chien ... Comme quoi les "alliés", çà peut vraiment servir, ... surtout quand on les trahit ...

On attend le jour où Fabius Imprecator, ou un de ses clones, viendra pleurer que l'"ami" Ricain est, décidément, un enfoiré. Le dit "allié" aura déjà prouvé, lors de la conférence de Genève, qu'il n'en a rien à foutre du Fabius mercantilis, mais celui-ci, décidément, ne sait choisir que les "alliés" que son employeur lui enjoint de se faire. Qu'il ne vienne donc pas chialer dans les jupons de la république que lui-même trahit par son absence de scrupules à contracter, en son nom, de si affligeantes alliances ... avec des dictatures, des théocraties instrumentalisant des assassins ...


3 - « Les mensonges ont la vie de plus en plus courte. Deux mois après le changement de régime à Kiev, la presse polonaise publie des révélations sur l’implication du gouvernement de Donald Tusk dans la préparation du coup d’État. Ces nouvelles informations contredisent le discours occidental et montrent que l’actuel gouvernement provisoire d’Oleksandr Tourtchynov a été imposé par l’Otan en violation du droit international. » Thierry Meyssan.

http://www.mondialisation.ca/ukraine-la-pologne-avait-forme-les-putschistes-deux-mois-a-lavance/5378365

 

4 - La venue de Snowden sur son territoire, la toute-puissance de la NSA, aura donc permis à la Russie de se mettre à l'ère moderne qui, comme on le sait est celle de la "communication", c'est-à-dire celle de  sa maîtrise, et, conséquemment, de sa surveillance. Qui contrôle la communication, dirait JP. Voyer, contrôle la société.

"Le ministère de l'éducation russe a mis en ligne un projet de loi sur la protection antiterroriste des écoles qui propose la surveillance sur Internet des élèves, provoquant l'indignation de la communauté enseignante.
Selon le texte, les responsables des lycées et universités russes doivent « analyser les sites personnels des élèves et du personnel » et constituer des dossiers sur ceux « qui ont tendance à enfreindre les règles ».
Le projet de loi indique qu'il leur revient aussi de « surveiller en permanence Internet » afin de collecter des données sur « les activités terroristes » dans leur région. Ces informations devront être transmises aux services de sécurité russes ou au ministère de l'intérieur."

http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/04/18/la-russie-veut-surveiller-les-eleves-sur-internet_4403961_3214.html

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