Au nom des juifs
Au quatrième jour de l'offensive israélienne contre la bande de Gaza, vendredi 11 juillet, Benyamin Nétanyahou a prévenu : « Aucune pression internationale ne nous empêchera d'user de toute notre puissance. Nous continuerons tant que nous ne serons pas assurés que les citoyens israéliens peuvent vivre dans le calme. »
C'est au nom des juifs du monde entier, en tant que premier ministre d'un État qu'il veut décréter juif, à présent - un concept racialiste -, que s'opère à la face du monde le massacre programmé d'un peuple ; ce que d'aucuns nomment, non sans raison, puisqu'il en a toutes les caractéristiques, un génocide, la liquidation systématisée d'un peuple par un État.
M. Nétanyahou, donc, entend ainsi "protéger les juifs", leur assurer une vie sereine, une tranquillité d'esprit et de vie.
Le paradoxe et le cynisme, schizophrénie et Alzheimer, la perte de mémoire associée à la folie pure et sanguinaire laissée agissante par cette dite "communauté internationale", qui procède ici à peu près comme elle procéda avec Hitler. Les Munichois d'aujourd'hui sont aussi ceux d'hier qui laissèrent les rodomnotades du fascisme finir par ensanglanter l'Europe, puis le monde.
Il en est de même aujourd'hui où un homme conduit non seulement un pays à l'impasse : comment oser dire vouloir le calme quand on meurtrit, assassine, spolie tout un peuple - qui n'aurait droit à aucune mémoire, donc, ou bien, plutôt, que l'on prétend éradiquer de la surface de la Terre, afin qu'en effet il n'en ait plus aucune, comme ce fut le projet d'Hitler à l'égard des juifs, de ceux-là même au nom desquels M. Nétanyahou ose agir en procédant de même - ? Mais pire encore que les seuls juifs d'Israël, ce sont ceux du monde entier que ce monsieur à la tête d'une croisade meurtrière, sanguinaire autant que démente, met en danger.
Quand bien même, parviendrait-il, par une terreur sans nom, à laquelle la communauté internationale continue de le laisser procéder, à son terrible projet d'une éradication des Palestiniens, pense-t-il aussi éradiquer de la surface de la planète ceux qui lui opposeront la mémoire de ses crimes ? Et comme il est bien connu que la proportion est grande de criminels de guerre à finir dans leur lit, ce n'est pas lui qui paiera pour ses crimes, mais le peuple juif, auquel ce monsieur, en leur nom - le comble du cynisme le plus abject - est en train de faire endosser un génocide, de manière flagrante et assumée.
Un bouc émissaire, , patiemment, mais aussi sûrement que le criminel prémédite son crime avant de le commettre. De sorte que dans l'engrenage de représailles et de répression, les juifs deviennent les cibles d'un ressentiment généralisé face à tant d'injustice et d'horreur, pour des crimes qu'ils n'auront pas commis, mais qui auront été commis en leur nom.
Le procédé est redondant, usé jusqu'à la corde. C'est au nom de ce que les juifs, fantasmés comme les banquiers du monde, auront comploté contre le peuple allemand et l'auront étranglé, qu'Hitler fit avaler l'antisémitisme de son programme.
La théorie du complot, et de l'ennemi qui en est la cause, est une fois encore mise à contribution : c'est bien au nom des victimes du génocide nazi qu'Israël prétend avoir tous les droits, et c'est bien au nom de ces victimes qu'il jouit d'une impunité telle que la communauté internationale en est venue à fabriquer une sorte d'enceinte sacrée, infranchissable, et dont toute violation constituerait un sacrilège. Tel est le sens, d'abord, de ce mur de la honte, qui entoure Israël comme une répétition pathétique de son histoire, du ghetto, dans lequel les juifs sont enfermés autant qu'ils enferment les Palestiniens, accusés de les provoquer alors même qu'ils sont spoliés de tout.
La question qui se pose, inévitablement : quelle religion peut-elle justifier cet "espace sacré" ? La religion de l'Holocauste, de la victime sans cesse remise sur l'autel du nazisme ? Mais qui peut encore croire à cette prétendue religion, quand on mesure à quel point elle ne protège que ses prêtres, sorte de nouvelle caste au-dessus de l'humanité, impunie de ses propres crimes. Le caractère inique, et surtout parfaitement incompréhensible par tout un chacun, d'une telle prétention est aussi bien sa faillite.