Sarcophage

Publié le par Pim

Visage lisse et poudré de faïence chinoise, Mme CBS, “dans une interview publiée ce mercredi par L'Express, revient sur l'affaire du SMS déclenchée par le NouvelObs.com et questionne : "Si ce genre de sites avait existé pendant la guerre, qu'en aurait-il été des dénonciations de juifs?"
Diversion, très à propos par les temps qui courent, dont elle s’empresse de “s’excuser” : "Dans l'édition d'aujourd'hui, 13 février 2008, L'Express me consacre une longue interview, au cours de laquelle j'ai comparé, à tort, les méthodes employées dans les sites Internet avec celles employées par la presse collaborationiste. Si j'ai pu blesser quelqu'un, j'en suis extrêmement désolée. J'ai juste voulu dire tout le mal que je pense de ces attaques ad hominem, qui dégradent l'information. Et le danger potentiel qu'elles représentent."
Pourtant, Christophe Barbier, invité quelques minutes plus tôt de l'émission "T'empêches tout le monde de dormir" sur M6, expliquait: "On a beaucoup travaillé sur cette interview. (...) Elle a voulu absolument parler de la polémique du SMS."
Calomniez, calomniez, aurait dit Goëbbels, ministre de la propagande du 3è  Reich, il en restera toujours quelque chose”. (une traduction de la sentence de Francis Bacon "Audaciter calomniare semper aliquid haeret", in De dignitate et augmentis scientiarum, VIII, 2 1605)

L’importance du propos de "hasard" se mesure au fait qu’il s’accompagne d’actes au moins aussi significatifs en termes de “communication à bon entendeur”, tel ce voyage en judaïté, avec le gouvernement, et la décision de “La mémoire des enfants victimes de la Shoah "confiée" aux élèves de CM2”.
“Le président Nicolas Sarkozy a annoncé mercredi soir qu'il voulait qu'à partir de la rentrée scolaire 2008 chaque élève de CM2 se voie "confier la mémoire" d'un enfant français victime de la Shoah. "J'ai demandé au gouvernement, et plus particulièrement au ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, de faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah", a déclaré M. Sarkozy lors du dîner du CRIF. "Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l'existence d'un enfant mort dans la Shoah. Rien n'est plus intime que le nom et le prénom d'une personne. Rien n'est plus émouvant pour un enfant que l'histoire d'un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui", a-t-il ajouté. (AFP)”

Nous voici confrontés au goût manifestement prononcé de cet homme pour la mort, un goût inoculé, une fois de plus, aux jeunes âmes malléables, à qui l’on confie le sinistre destin, désormais, de parrainer la mort, de s'identifier à des fantômes pour les faire "survivre".
Tout cela pourrait relever de la plaisanterie morbide digne de manga, si n'était en jeu, ici, l'esprit à modeler d'enfants bien vivants, qui devront porter, leur vie durant, cette forme d'aliénation mentale, si caractéristique de notre temps, quand la "vie", après avoir consisté à s'identifier à la passion d'un crucifié, ne consiste  plus, à présent, qu'à s'identifier aux dérisoires fantômes qui habitent la marchandise.
Voici bien la tentative d'un VIOL annoncé, visant à imprimer le sceau des émotions d'un homme que l'histoire de sa famille a visiblement troublé et qui entend, aujourd'hui, les faire porter par des enfants et leur famille au nom de sa position de dirigeant politique, confondu, ici, avec celui de despote sorti de ses plaines orientales, comme si l'histoire de ce pays était une terra nullius que M. Sarkozy, colon de fraîche date, aurait en charge de "fertiliser" de bien étranges graines.

Sans doute la baisse de popularité récente et avérée de cet homme, à qui les destinées de la France ont été confiées, et qui a tout misé sur son “audimat”, lui enjoint de flatter ses soutiens de poids par de telles déclarations, plaçant les enfants de France en otages de la mémoire d’une "communauté", victime d’une tragédie, sans doute, mais pas plus qu’une autre dans ce sacrifice humain où des populations entières furent jetées les unes contre les autres, en pâture au Moloch' pour sauver l'essentiel de la domination des marchands et même la renforcer en la perfectionnant.
La conséquence inéluctable d’une telle inconséquence, est de relancer la sempiternelle course à la mémoire entre les "communautés".
Diviser pour régner, voilà un bénéfice non négligeable. Jeter de l'huile sur des braises encore fumantes, est-ce là le rôle d'un président, "élu" sur un programme de "rassemblement" ?  Affaiblir une nation en y imposant des mesures inspirées d'outre-Atlantique, un vrai modèle, certes, en matière de haine, au point d'en être à l'exporter sur la planète entière.
Une politique qui, appliquée en France, ne manquera pas, cependant, de se retourner contre la prétendue "communauté juive" (qui n'en est une que dans la tête de ceux qui prétendent la "représenter"). L'outrageuse indécence qui consisterait à ce que la mémoire juive soit portée par l'ensemble d'une population est une provocation de plus, manifestant, un peu trop visiblement pour ne pas apparaître comme une discrimination, validant certains points de vue plaçant les Juifs, a priori et sans autre forme de procès, dans la position de manipulateurs occultes de toute politique.
De là à supputer que ce "retournement" ait été scénarisé pour la mise en place de cette mesure ...
La victimisation, cet art de la manipulation, a encore de beaux jours devant elle, en tout état de cause.
 
Si vraiment l’on voulait ne pas retomber dans de telles “dérives”, puisque tel semble être l’objectif avouable d’une décision aussi lourde de conséquences imprévisibles, il importerait davantage de faire l’analyse des sources réelles de cette extermination, et non pas verser dans la pantomime émotionnelle et maltraitante, à l'instar des jérémiades des curés dans les temps où l’éducation était le monopole de ces personnages vétus de noir.
Si vraiment l’on voulait ne pas retomber dans de telles “dérives”, on ne dresserait pas des miradors aux portes de la cité pour y surveiller des populations enfermées dans des camps, privées de tout droit, comme le sont aujourd’hui ceux qui n’ont que le tort de prendre au mot les promesses de la République, “Liberté, Égalité, Fraternité”.

Dans le même temps que le peuple français, laïc par ses luttes contre l’infâme, se trouve ainsi pris au piège, enfermé par décret, mis sous la coupe de l’imaginaire victimiste d’une religion particulière, des actes viennent asseoir les propos de la poupée chinoise : le Net devient en effet, à en croire les décisions prises contre la liberté d’expression qu’il permet encore, une source d’inquiétude qu’il convient de mater en le surveillant, en en triant les contenus, dès fois qu’ils ne seraient pas conformes à la police de la pensée qui a désormais installé ses quartiers en France.

Ce goût prononcé pour le macabre, l’enfermement, pour inquiétant qu’il soit de la part de quelqu'un qui a à peser sur les destinées d'un pays, dépasse le personnage. Et il convient plutôt de comprendre sa “popularité”, réelle ou partiellement fabriquée et amplifiée par des médias à la botte, comme une résonance de l’air de ces temps de soupçon, de grossièreté instrumentalisée et assumée, prélude d'une violence en acte et de mise au placard de toute humanité.
Air vicié, chanson d’une société qui valorise le travail mort, le Kapital, contre le vivant qui le produit, qu’elle ne cesse de malmener dans ses modes de gestion, de canalisation, de surveillance, de mise en coupe réglée, tant elle souhaiterait le faire disparaître, ce qui n’est pas (encore) en son pouvoir.
Cette société qui a chanté, avec les milices de Franco, “Viva la muerte” contre les Républicains, qui a lancé ses chiens nazis pour sauver les meubles face à la montée de sa critique en Europe, qui en a prolongé les logiques expérimentales et manipulatrices dans la société d'après-guerre, logiques de  “gestion” du vivant transformé en cobaye, tel que nous le manifeste, entre autres, l’industrie agro-alimentaire qui a fait du sol, des plantes et animaux, un laboratoire à ciel ouvert, dans la suite des médecins nazis qui en avaient entrouvert les portes.

"Théorisant sur "l'immense besoin de spiritualité" qui existe "à l'évidence après la fin des idéologies totalitaires et les désillusions de la société de consommation", M.Sarkozy, après avoir croqué successivement, on ne saurait en douter, de toutes ces illusions, énonce ainsi, avec la brutale franchise qui semble le caractériser, le point de vue de la domination, dont il est chargé de vendre visées et autres "visions", découvrant non sans dépit, pour ne pas dire inquiétude, la vitesse d'érosion des mensonges sur lesquels est fondé le pouvoir dans cette société.
Ils ne peuvent que s'inspirer, ces grands visionnaires, des enseignements du pouvoir russe, un modèle en la matière, ressortant les religieux de leurs caveaux, dès leur accession aux commandes de l'État, pour sauver ce qui restait du pouvoir en Russie. Quand il n'y a plus rien, reste l'infâme, ce socle de toute aliénation.
Ainsi l'énonçait  la pensée critique allemande, dès le XIXè  : la critique de l'aliénation religieuse est la première critique.
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Publié dans Au pays de l'esbrouffe

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