Du désert, de ses confins

Publié le par Pim

1- C’est un 11 novembre que les forces de l'ordre, comme il est dit, ont investi la ferme de Tarnac pour y arrêter les dits "terroristes" soupçonnés de "sabotache". On ne saurait y voir un hasard.

De même que le sinistre de l'Identité nationale a eu le bon goût de fomenter un congrès européen sur l'immigration en sa bonne ville de Vichy, la domination se plaît, à présent, à signifier ses choix par des références historiques pour en RENVERSER le SENS.
Il en est ainsi de Guy Môquet, figure de la Résistance, dont l'évocation doit aujourd'hui valider l'ordre qui nous serre. Il en est ainsi du génocide perpétré contre des millions d'être humains lors de la seconde guerre mondiale, réduit au "devoir de mémoire" de la “shoah

En cette commémoration du soixantenaire de l'Armistice, de la fin de la boucherie, voici signifié qu'il ne saurait y avoir d'armistice dans la guerre menée par le désordre marchand contre la vie même.

Le "war without end" prévaut déjà partout, avec ses paroxysmes spectaculaires en certaines parties du monde, où s’imposent les règles de "démocratie" par les chars et les bombes. Justifiant ainsi la guerre menée contre ses (dernières ? ...) poches, est prétendu nous signifier que "la marchandise a partout triomphé", désormais, et que "toute résistance est donc inutile".


2- Si tel était le cas, sa domination sans conteste n'aurait pas besoin d'user de la duplicité de menteurs patentés.

C'est aux "journalistes", entre autres hérauts du mensonge, que revient de proclamer cet ordre : "Oyez ! Oyez ! Braves gens !...".
    - Ainsi cet article du site Rue89, déversant un tombereau de contre-vérités  à propos des accusés de Tarnac. En voici un extrait :
"Ils ont lu le situationnisme, notamment en Italie où le mouvement autonome a duré plus de dix ans dans les années 60-70. Ils connaissent aussi Negri et son concept d'empire, mais encore Deleuze et Guattari et leur "individu-réseau". Inspirés par Castoriadis, ils critiquent même l'aliénation au sein des groupes révolutionnaires, comme la CNT, les syndicats."
Ils esquissent quelque chose: ils créent bien un "Parti imaginaire" mais c'est justement un antiparti; ils rejettent l'être vivant mais il veulent quand même faire avec lui pour agir: ils lui parlent, ils lui font des serments, c'est leur côté mystique et messianique.
"

Du “situationnisme”, les situationnistes disaient qu’il n’était qu’une idéologie, ici associée au “mouvement autonome” italien, pourquoi, sinon dans une tentative de valider la fumeuse théorie du complot international, quand les Brigades rouges, ces instruments de l'État terroriste, viennent opportunément de ressurgir, 30 ANS APRÈS, des tiroirs des polices française et italienne. Le situationniste Sanguinetti a su dire ce qu'il en était de la clairvoyance d’un Negri à propos de l’affaire Aldo Moro et les situationnistes ont écrit en quelle estime ils tenaient les argumentistes, tel Deleuze ;
 
    - ainsi cet autre article du lepoint.fr. commentant la  brochure  "Appel", devenu "Le petit livre beige des saboteurs de la SNCF" sous les doigts de scribouillards d'un invisible ministère de la Vérité, neo-tchékistes usant du ciseau et de la falsification en vue de discréditer l'ensemble et ses auteurs, entre autres par le détournement de phrases sorties de leur contexte.


3- Que d’efforts ligués pour rendre inextricable, en effet, la confusion quand celle-ci, déjà, règne jusque dans les rangs de qui prétend critiquer ce monde. Ci-dessous un extrait de ce texte, dont deux morceaux sont reproduits sur ce blog  :

"(...) Nous disons que cette époque est un désert, et que ce désert s’approfondit sans cesse. (...). Le désert est le progressif dépeuplement du monde. L’habitude que nous avons prise de vivre comme si nous n’étions pas au monde.(...).
Certains ont essayé de nommer le désert. De désigner ce qu’il y a à combattre non comme l’action d’un agent étranger mais comme un ensemble de rapports. Ils ont parlé de spectacle, de biopouvoir, d’empire. Mais cela aussi s’est ajouté à la confusion en vigueur. Le spectacle n’est pas une abréviation commode de système mass-médiatique. Il réside aussi bien dans la cruauté avec laquelle tout nous renvoie sans cesse à notre image. Le biosystème n’est pas un synonyme de Sécu, d’Etat providence ou d’industrie pharmaceutique, mais se loge plaisamment dans le souci que nous prenons de notre joli corps, dans une certaine étrangeté physique à soi comme aux autres. L’empire n’est pas une sorte d’entité supra-terrestre, une conspiration planétaire de gouvernements, de réseaux financiers, de technocrates et de multinationales. L’empire est partout où rien ne se passe. Partout où ça fonctionne. La où règne la situation normale. C’est à force de voir l’ennemi comme un sujet qui nous fait face - au lieu de l’éprouver comme un rapport qui nous tient - que l’on s’enferme dans la lutte contre l’enfermement. Que l’on reproduit sous prétexte d’"alternative" le pire des rapports dominants. Que l’on se met à vendre la lutte contre la marchandise. Que naissent les autorités de la lutte anti-autoritaire, le féminisme à grosses couilles et les ratonnades antifascistes.
Nous sommes, à tout moment, partie prenante d’une situation. En son sein, il n’y a pas des sujets et des objets, moi et les autres, mes aspirations et la réalité, mais l’ensemble des relations, l’ensemble des flux qui la traversent. Il y a un contexte général - le capitalisme, la civilisation, l’empire, comme on voudra -, un contexte général qui non seulement entend contrôler chaque situation mais, pire encore, cherche à faire qu’il n’y ait le plus souvent pas de situation. ON a aménagé les rues et les logements, le langage et les affects, et puis le tempo mondial qui entraîne tout cela, à ce seul effet. Partout ON fait en sorte que les mondes glissent les uns sur les autres ou s’ignorent. La "situation normale" est cette absence de situation. S’organiser veut dire : partir de la situation, et non la récuser. Prendre parti en son sein. Y tisser les solidarités nécessaires, matérielles, affectives, politiques. C’est ce que fait n’importe quelle grève dans n’importe quel bureau, n’importe quelle usine. C’est ce que fait n’importe quelle bande. N’importe quel maquis. N’importe quel parti révolutionnaire ou contre-révolutionnaire. S’organiser veut dire : faire consister la situation. La rendre réelle, tangible. La réalité n’est pas capitaliste.
La position prise au sein d’une situation détermine le besoin de s’allier et pour cela d’établir certaines lignes de communication, des circulations plus larges. A leur tour, ces nouvelles liaisons reconfigurent la situation.
(...)".

Prétendre que la théorie de la situation qui nous contient, “cela aussi s’est ajouté à la confusion en vigueur” traduit, d'abord, que la pratique de ces temps, manifestement, n’a pas encore su se saisir de sa théorie. “Partir de la situation”, c’est tenter d’en saisir les ressorts, c’est-à-dire nommer ce qui nous défait. “Le spectacle” n’est pas “l’empire” et la “situation normale” n’est “absence de situation” qu’au regard d’une absence de conscience des rapports de force qu’elle contient et dissimule.
 
4- Le capitalisme lui-même transforme ce sommeil en cauchemar, forçant la conscience de se lever, ne lui en déplaise, par une telle accumulation de détails qu'il en vient à rendre visible la cohérence de l'oppression.

    - En l'occurrence, on verra ici l'arbitraire se déployer sans vergogne, balayant présomption d'innocence, absence de preuves concrètes, la présomption de culpabilité fondant les termes d'un délit d'opinion sous la fallacieuse accusation de délit d'intention, "vocation", "visée". Le fait, ici, non seulement n'est pas avéré, mais quand bien même le serait-il, il n'est en rien un acte de terreur. Seule l'est l'exploitation qui en est faite, sa commercialisation par un État qui semble s'ingénier ici à en faire monter la valeur marchande auprès du "bon peuple". 
Un train en cache un autre. Aurait-on "la visée" de décréter "terroriste" le blocage de trains par quelques manifestations ou grève, pour mieux faire passer, aux oubliettes, celui de l'économie mondiale par les banques, quant à lui crédité par les États de plusieurs milliers de milliards de (tout) petits $ ?

    - Ne pas consommer certaines prothèses, “indispensables” à la survie en milieu hostile, portable et autres T.V. (ne pas posséder de téléviseur doit, désormais, être déclaré !... ; ne pas posséder de portable, ne pas user d’Internet, est gage d’une volonté de se protéger, autant dire de “clandestinité” !...,), sont devenus les signes d'une prétention à l'“autonomie”. Une prétention bien arrogante autant qu'irréaliste, on ne peut que le constater. Inacceptable, en réalité, dans une société ne se nourrissant que de la dépendance qu'elle ne cesse de produire et d'organiser. Seul l’argent est autonome, peut circuler librement, franchir les frontières sans papiers, ....
Toute autre prétention à “l’autonomie” ne peut être que suspecte, en tant que prétention à vivre hors du temps aliéné, rentabilisé, des cadences de l'exploitation capitaliste. La seule évocation de sa possibilité est déjà une déclaration de guerre, prémisse de l'effondrement d'un système, la fin de la croyance.

    - À l'instar des procès de l'Inquisition, lire certains livres, a fortiori prétendre s'en inspirer pour en écrire d'autres, vaut, sans autre forme de procès, d'être taxé de "dangereux activiste", de "terroriste".
On aura compris que développer une critique de ce monde qui, entre autres, a clairement dénoncé le "terrorisme" comme une manipulation de certains services spéciaux de l'État (Gianfranco Sanguinetti "Du terrorisme et de l'État", à propos de l'affaire Aldo Moro en 1978, et des manipulées Brigades rouges), est L'UNIQUE raison d'État pour laquelle on a frappé ici plutôt qu'ailleurs.
Si les paysans se mettent à lire, à présent, au lieu de traire leurs vaches, où irait, en effet, l'économie ? Pourquoi pas les ouvriers, aussi, pendant qu'on y est ? Déjà que les banquiers ...
En d'autres termes, tenter de décoder ce monde étrange, en parler, ne peut que relever d'une "visée terroriste". Avis aux amateurs !...

Dans la thèse 200 de "La société du spectacle", Guy Debord écrit : "(...) la prolifération des "pseudo-événements" pré-fabriqués, (...), découle de ce simple fait que les hommes dans la réalité massive de la vie sociale actuelle, ne vivent pas eux-mêmes des événements. C'est parce que l'histoire elle-même hante la société moderne comme un spectre, que l'on trouve de la pseudo-histoire construite à tous les niveaux de la consommation de la vie, pour préserver l'équilibre menacé de l'actuel temps gelé".

Le "terrorisme" et ses succédanés participent de cette pseudo-histoire, pseudo-contradiction, vraie confirmation du prétendu consensus selon lequel l'État, ou toute autre puissance, œuvrent à l'amélioration de ce monde, à son "développement durable", comme il est dit, c'est-à-dire à sa conservation, et qu'ils peuvent y aboutir.
Le terme de "terroriste", très à la mode dans les couloirs des Kommandantur ayant à faire avec les résistants,  est repris aujourd'hui par la domination qui doit en créer de toutes pièces l'incarnation, la formater, la désigner. Son usage est le symbole de ce que l’État lui-même sait désormais combien ce consensus est fragile et dépend de la surenchère qu’il parviendra à organiser autour d’évènements terrifiants, à la mesure des désastres bien réels que son commanditaire, le capitalisme, produit sans pouvoir les contrôler ni les assumer. 
À la fin du film, apparaissant telle la cavalerie, Zorro ou Super-Dupont, au choix, c'est en force d’occupation qu’il ne peut qu’agir sur cette réalité réifiée qui lui est déjà étrangère, intervention technique de ses gagoulés qui mettront en scène les leçons apprises des entraînements à la guérilla urbaine de leurs frères d’armes en Afghanistan, Gaza et ailleurs.
 
Alors que s'avance le désert, la domination DOIT garder l'initiative de la condamnation, en désignant des coupables “a priori”, pour l'exemple, à l'instar de ces fusillés pour l'exemple de la guerre de 14-18, afin de décourager une armée rétive aux ordres de bouchers tels que Nivelle qui, quant à eux, meurent toujours dans leur lit.

N'ayant plus d'opposition, dit-elle, elle n'a plus que des ennemis.
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Publié dans De la Guerre

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