De l'étrangeté

Publié le par Pim

Cet article est la suite de l'avant-précédent, "Du terrorisme, de ses méthodes", qui a été scindé pour en faciliter la lecture.

Dans l’Antiquité pharaonique, entre autres, les missions de faire régner l’ordre étaient confiées à des étrangers afin qu'ils soient, en tant qu'étrangers, l'objet des hostilités que provoquaient les actions de police dont ils étaient chargés, en lieu et place du pouvoir réel.

Dans la modernité démocratique, l'étrangeté qui nous domine est partie d'Europe, centre de production de la marchandise, pour envahir la planète et y imposer en n'importe lequel de ses points la même réifiante lecture du monde, la même écrasante banalité, la même soumission à l'ordre des choses.
Cette fuite en avant aura d'abord servi à évacuer, puis masquer, les tensions sociales sur le territoire même de l'Europe par une conquête ininterrompue, accompagnée de génocides successifs, des peuples d'ailleurs, réduits en esclavage pour ceux qui échappèrent aux massacres, justifiant les immondices du racisme et de l'exploitation sans vergogne.
- Ainsi, dans le prolongement même de cette entreprise, menée depuis cinq siècles, pas moins, de domination marchande planétaire, la défense du monde libre (d'écraser le plus faible), Irakiens ou talibans ont-ils, aujourd'hui, le tort de résister aux bienfaiteurs venus libérer leur pays pour y installer la démocratie. De même les Serbes peuvent bien renoncer au berceau de leur nation, la province du Kosovo, puisqu'ainsi en a décidé la dite Communauté internationale au nom de la balkanisation de rigueur, au profit d'une Grande Albanie, sans doute plus impliquée dans le mercantilisme.
- En Palestine occupée, tête de pont, dans le monde arabe, de la puissance de feu de la marchandise, le colon juif est la figure de l’étranger qui, prolongeant la vieille domination coloniale et sa loi d’occupation étrangère au nom d'une invérifiable antériorité de droit puisant sa légitimité dans un mythe datant de Mathusalem (!...), fait passer pour des étrangers les habitants de leur propre terre.
Pour l'heure, Israël use, comme il en est coutumier, d'une opportunité, qui lui est offerte par la passation de pouvoir US ainsi que par la bonne venue de tout ce qui peut distraire l'attention de la crise en formation du capitalisme mondial, d'imposer une situation de fait accompli, en vue du Grand Israël, enfin débarrassé de tout ce qui ne serait pas juif (l'épuration ethnique a les faveurs de cet État depuis sa création artificielle, née d'un habile dosage de terrorisme et de victimisation). Disant se défendre du terrorisme du Hamas (un mouvement qu'Israël a instrumentalisé contre le laïc Arafat, à l'instar des talibans, armés par les Ricains contre les Soviétiques), selon la bonne vieille tactique de la légitime défense (les média, sous la pression des cinquièmes colonnes de l'État juif, sa diaspora de "double-nationalité", sont en effet complaisants à montrer les piqûres d'épingles martyrisant le peuple juif sur "sa" terre ...), la victime massacre un peuple à huis clos, nourrissant ainsi, en toute impunité, le ressentiment des "terroristes".
Tant ils font marcher le commerce, ceux-ci auront été ainsi programmés, figures inversées et manipulables, vendables, du terrorisme réel pratiqué par la domination. On nous "prévient", en ces temps de grande "clairvoyance" d'un scénario déjà établi. Autant dire qu'"on" nous le formate. En France, les gagne-petits du spectacle, ses prètres et autres experts se font l'écho complaisant de sa bande-annonce, avant passage dans les salles sous la rubrique Actualités : "le conflit palestinien s'exportera. Toutes les précautions sont prises". En d'autres termes, "Souriez ! l'armée vous protège !". Outre utilisation d'armes et entraînement anti-guérilla urbaine, c'est là, bien évidemment, le seul réel bénéfice de la situation.
 

Le chaos pour tous et en permanence, tel est le sens de l'histoire du capitalisme. Ainsi règne l'étrangeté à l'œuvre, par le renversement de sens, entres autres, recomposant dans une guerre sans fin, le territoire de la marchandise selon ses intérêts du moment.
Tel un boomerang non dominé, l'étrangeté revient, aujourd'hui, à son envoyeur médusé. Les Occidentaux doivent ainsi apprendre qu'ils ne gouvernent plus rien de leurs propres affaires, au-delà de ce qu'ils avaient déjà aperçu de cette modernité démocratique qui a su employer ses étrangers comme vigiles dans les supermarchés et sur le trottoir des banques.
  - Aux États-Unis d'Amérique, par une ironie de l'Histoire, un immigré africain (de seconde génération) vient d'être nommé président du pays qui a inventé le Ku Klux Klan et pratiqué l'apartheid avec toute la bonne conscience puritaine possible. Que l'on ne s'y trompe pas : en dépit de ce que tel ou tel paraît être ou penser, il est un rôle. En tant que tel, il ne saurait avoir d'autres pouvoirs que ceux que lui confère la stricte mise en valeur des logiques à l'œuvre, en l'occurrence, redorer la façade de pratiques inchangées quant au fond. C'est aux plus hautes sphères de l'État, désormais, que la négritude est sommée, en tant que négritude, de faire valoir ses talents de laquais du mercantilisme en proposant un visage plus "populaire" de sa domination.
- En France, des immigrés de première et seconde génération font semblant de gouverner l’État, promulguant des lois iniques, endurées, dans leur vie de tous les jours, par des êtres humains bien réels quand elles sont édictées, entre autres, par un bien étrange ministère de l’Identité nationale, au nom d'une gestion rationnelle, c'est-à-dire économique, de la "diversité". Quand l'étranger n'est plus qu'un quota, son sort peut bien être réglé par d'autres étrangers au nom d'une prétendue identité nationale, dont ils ne savent bien évidemment RIEN sinon qu'elle leur a permis d'accéder au pouvoir par l'argent et les relations, et dont "on" évitera soigneusement de nous expliquer ce qu'elle peut bien signifier dans un pays dont l'immigration a forgé les réalités et qui se flatte de sa natalité vigoureuse sans jamais évoquer qu'il la doit, d'abord, à celle de ses immigrés. 

MISE AU PAS de peuples sous la férule de l'empire marchand, dont les États-unis d'Amérique sont le représentant sur Terre, et qui, pour avoir traîné les pieds aux injonctions bienveillantes de l'empire US, se voient devoir passer sous les fourches caudines apparemment tenues par des inconnus aux dents acérées, venus d'ailleurs mais placés sur le trône par le spectacle, à la fois en tant que signes du détachement, c'est-à-dire de l'arrogance du capitalisme planétaire, cette dernière forme de l'esclavagisme, et aussi bien parce que celui-ci DOIT, pour durer, faire éxécuter les basses besognes des passes dangereuses qu'il traverse bien réellement par du petit personnel mercenarisé.
Contrairement à Attila, qui écrivait l'histoire avec les sabots de ses chevaux, ses avatars façon Hollywood doivent aujourd'hui faire la preuve de leur servilité aux "nécessités économiques" dans leur détermination affichée de ruiner et faire table rase des réalités du pays par la prise de mesures sommaires et expéditives.

Ainsi que le constate le Dr M. Guyader, dans sa Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République à propos de sa réforme de la psychiatrie, "Vous avez donc, sous l’apparence du discours d’ordre, contribué à créer un désordre majeur, portant ainsi atteinte à la cohésion nationale en désignant à ceux qui ne demandent que cela, des boucs émissaires, dont mes années de pratique m’ont montré que justement, ils ne pouvaient pas se défendre.".
Ce seront donc ceux-là même qui par leur instabilité émotionelle même auront fait la démonstration que l'aliénation était la mieux partagée en ce monde qui s'occuperont d'en édicter, on ne sait d'où, les nouveaux modes de traitement ou, plus exactement, d'enfermement, sous le seul registre qu'ils connaissent, décidément, l'instrumentalisation de peurs reptiliennes.
Figures mêmes de l'étrangeté, désormais désinvolte et sans vergogne, ils peuvent bien, alors, sans que cela influe sur le cours de cette domination, servir de tête d'un jeu de foire, dit de massacre, comme défouloir virtuel. Cela est compris dans leur solde conséquente.

Ici le concept d'étranger retrouve son sens moderne. Non celui, bêtement courant,  nationaliste, pour ne pas dire raciste, épouvantail pour moineaux retardés à l'heure de la mondialisation, mais celui que lui confèrent les réalités présentes de l'aliénation marchande, celui qui ne peut, en effet, avoir d'état d'âme sur ce monde qu'il n'habite qu'autant que ses employeurs lui en donnent le droit. Aussi bien agit-il en conséquence, en étranger à ce monde.
Nul hasard, donc, que les gestionnaires de ce monde soient des étrangers. C'est là, même, hautement symbolique, et comme menaçant, tout comme pouvait apparaître le cosmopolitisme dans les années 30, de ce qu'il n'est plus donné au pays, et à ses neo-paysans, de saisir quoi que ce soit des subtilités, de ses secrets et autres complots, de la vraie société, celle qui a ses quartiers, désormais, dans les sphères d'un nouvel Olympe aux formes profilées de yachts et autres jets privés, et ses odieux visuels du stade de la finance mondialisée, et  qui agit à distance, dans l'ignorance des basses réalités de ce monde, anonymement et par mercenaires interposés, qui deviendront, le cas échéant, autant de bien utiles boucs émissaires
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Publié dans De la Représentation

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