Du spectacle, et de sa dura lex

Publié le par Pim

M. Besancenot était facteur et, de moins en moins accessoirement sans doute, un combattant.
Las ! sa bannière était celle du trotskysme, dont on sait qu'il s'illustra à maintes reprises contre les petites gens qu'il prétend néanmoins toujours défendre. Pour tout dire, un mensonge, une voie de garage pour la critique des conditions qui nous sont faites, à nous autres humains, permettant de nous égarer, de nous ramener par des voies détournées vers ce monde d'oppression, de sueur, de mensonge.

Cela commençait à se savoir. Le trotskysme était manifestement devenu une veste trop usagée.

Aussi bien M. Besancenot, son porte-manteau, moderne et dans le vent, a-t-il décidé de transformer son capital sympathie, forgé sur cette image de gentil facteur qui lui avait été associée, damant bien le pion aux tribuns patentés. Un bon agent du spectacle, somme toute, se vendant bien en ces temps de "crise", puisqu'il lui permet de traduire une insatisfaction dangereusement montante en SES termes, ceux de sa représentation.
Il importait donc de dépoussiérer cette marchandise, devenue à la mode, de jeter aux orties le vieux mensonge trotskyste devenu encombrant, de même que les bureaucrates de tous les pays s'unirent pour jeter aux orties le pesant mensonge stalinien, par trop troué de toutes parts, devenu inopérant et coûteux.
Pour ce faire, s'engager résolument dans ce qui semble se chanter mieux aujourd'hui, "mobiliser" comme disent les gradés du goliwok, l'anticapitalisme. Voilà qui fait jeune, puisque c'est "anti".  Et suffisamment vague pour laisser la place à toutes les illusions possibles, le capitalisme étant un terme qui, pour être couramment usité, reste un mot-valise, au point que même M. Sarkozy et consorts peuvent le porter sans rougir.

Nous n'avons que faire de ces belles âmes "pro" ou "anti" machin chose. M. Besancenot n'est ici que l'illustration de la façon dont le spectacle attire ses clients et finit par les prendre dans ses filets, ceux du temps et de la productivité, ceux du mensonge que ce temps cadencé ne manque jamais de produire, seule réelle production même de ces temps, ceux de la vitrification de toute vie. D'un combattant, égaré, de la lutte des classes, il fait un "chef de clan", un berger pour brebis bêlantes, un vendeur de lessive. D'un homme qui s'exprime avec la chaleur de sa lutte, il fait un pratiquant de la langue de bois. En un mot, il lui assigne un rôle, sous les habits duquel, sous le texte duquel, désormais, et de manière exclusive, il figurera dans le trafic.
"Il ne s'agit pas du fabuleux destin d'Olivier Besancenot",  "Ce n'est pas mon métier, et je n'ai pas l'intention que ça le devienne, de parler devant les caméras, donc j'espère que vous serez indulgent avec moi", avait-il dit le 24 juin 2001, quand Krivine le présenta à la presse. L'histoire l'a confirmé !
Instrumentalisé, M. Besancenot ? N'en doutons pas - la politique, en son sens moderne, n'est qu'un jeu de dupes -, non, comme les journalistes instrumentalisés prétendent en fabriquer le mythe, comme le symétrique sarkozien de la poupée gonflable Le Pen de Mitterrand, mais d'abord par l'idée, répandue en ces temps d'aliénation religieuse, qu'il faille une église pour "rassembler". Et tout le monde aujourd'hui ne veut-il pas "rassembler" ? -,  ajouter des voix une à une, pour que la clameur des bêlements fasse tomber les murailles de Babylone ? En d'autres termes, plus profanes, qu'il faille monter son stand pour vendre sa camelote ...
Les prêtres, boutiquiers et autres bonimenteurs, plaçant la charrue avant les bœufs, font de l'organisation, disent-ils, le réceptacle de "masses" à illuminer de leurs lumières, afin qu'elles leur construisent, de leur charge de troupeau, de futurs mausolées et, en attendant ce bonheur immortel, quelques confortables datchas.

La conscience doit inventer les moyens d'en finir avec toute séparation. L'ORGANISATION EST TOUTE SA VÉRITÉ PRATIQUE.
C'est aussi pourquoi les Trotsky, Lénine et autres tontons flingueurs s'empressèrent, comme leur premier acte de contre-révolution quand ils ne parvinrent pas à les noyauter, de noyer dans le sang soviets, conseils et toute expression de démocratie directe.
Certains, aujourd’hui, s'avisent des enseignements à tirer des tentatives de s'autonomiser des bureaucraties syndicales et autres : " (...) les parabureaucrates ont inventé depuis vingt ans les coordinations qui, dans leur absence d'étiquette, ont l'air plus innocentes, mais n'en demeurent pas moins le terrain de leurs manœuvres. Qu'un collectif égaré s'essaye à l'autonomie et ils n'ont alors de cesse  de le vider de tout contenu en en écartant résolument les bonnes questions. (...)  Et quand leur défense acharnée de l'apathie a enfin raison du collectif, ils en expliquent l'échec par le manque de conscience politique. (...) toute coordination est superflue là où il y a de la coordination, les organisations sont toujours de trop là où on s'organise." ( "L'insurrection qui vient" comité invisible ed. La fabrique, pp. 111-112).
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Publié dans De la Représentation

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