Foire du Trône

Publié le par Pim

  À la foire du Trône / On y rit, on y pleure / On s'y met à genoux ... / Pour vomir son quatre heures

"En marge du Salon de l'agriculture, le chef de l'Etat s'est placé du côté des "victimes", estimant qu'on ne peut pas "laisser des monstres en liberté après qu'ils aient effectué leur peine".

Le chef de l’Etat français a une prédilection pour le show. En cela, au moins, il se montre de son temps.
Après sa “retraite” sur le Paloma, son mariage avec le showbiz, le défilé de mode, à Villiers-le-Bel, des équipements fashion de notre police républicaine, après s'être drapé des enfants victimes de la police de Vichy, le voici montreur de monstres.
Un monstre est d’abord ce qui est MONTRÉ. Certains savent tirer bénéfice de l’inquiétante étrangeté ainsi désignée au public. Public impressionnable, qui s’émeut de tout ce qui serait censé lui arriver de pire tant il est, en effet aujourd’hui, privé de toute capacité d’agir sur son présent, tel un "détenu".

Le Barbare était le monstre désigné à l'aune duquel le Grec antique se congratulait de sa civilisation supposée ;
la sorcière était celui d'une chrétienté qui ne semblait pas douter de la sienne ;
le nègre fut celui d'un Sud esclavagiste, dont le Ku Klux Klan savait entretenir le haut degré de civilisation par quelques actions de justice divine chaudement menées ;
le Juif, le Tzigane, l'homosexuel, le malade mental, l'opposant furent les monstres que le régime nazi sut mettre hors d'état de nuire à la société.

Ainsi que le commente Serge Hefez : "Il s’agit à présent de désigner des êtres prédestinés au mal, «autres» définitivement dépourvus d’humanité, radicalement étrangers à notre univers d’humains. Traquer les futurs délinquants par leur conduite en maternelle ou par leur patrimoine génétique relevait de la même épouvantable logique : celle de l’étranger «par nature», inassimilable, inamendable, à jamais dissemblable."

Du fait de cette loi, dite de "rétention de sureté", " A titre exceptionnel, les personnes dont il est établi, à l’issue d’un réexamen de leur situation intervenant à la fin de l’exécution de leur peine, qu’elles présentent une particulière dangerosité caractérisée par une probabilité très élevée de récidive parce qu’elles souffrent d’un trouble grave de la personnalité", s'introduit le premier pas d'une justice discrétionnaire, par laquelle l'administration, c'est-à-dire l'exécutif, et non plus le judiciaire, s'autorisera de mettre au cachot ad vitam æternam tout être humain «présumé» dangereux en dépit d'une absence de fait établissant sa culpabilité.
Nous serions donc revenus à la lettre de cachet de l'Ancien Régime, ou à l'administration par les services du Préfet Papon du sort des juifs Français sous le régime de Vichy.
Ceci seulement pour le spectacle, assez pauvre du reste, qui feint d'gnorer les évolutions du monde depuis le XVIIIè ou même le XIXè. La réalité, ainsi que l'analysait Deleuze, est moins celle de l'enfermement que celle du contrôle, à l'ère de l'informatique, de la surveillance sans point aveugle, du bracelet électronique pour pigeon voyageur, de la "traçabilité" des marchandises par données téléphoniques, bancaires, biométriques, etc, etc....
Pour autant, nous voici plongés, comme dans notre vérité soudainement dévoilée un beau matin très ordinaire, dans l'univers kafkaïen du Procès et de son "acquittement apparent". "L’essence du système présenté par Kafka n’est pas la justice, mais une construction parallèle du concept de culpabilité. Ici, c’est la société qui se décharge de sa culpabilité sur les « accusés », pris au piège dans un système dont le fondement est de ne pas permettre l’acquittement."


Au-delà du battage médiatique organisé, comme il se doit en période électorale, autour de la "victime" virtuelle dont le montreur entend faire sa caution en s'en proclamant le protecteur, c'est bien l'incurie de la justice qui est ici désignée à la vindicte du supposé "peuple", en une catharsis pour les victimes bien réelles que nous sommes, avec, en toile de fond, ces "droits-de-l'hommistes" qui pensent mais n'agissent pas pour protéger les honnêtes citoyens, contrairement à ceux qui font tout pour assurer leur devoir de protection.
Comme le déclare, en substance, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Mme Pécresse (fille de Dominique Roux, universitaire et président de Bolloré telecom. Mariée à Jérôme Pécresse (directeur général adjoint d'Imerys, numéro un mondial des minéraux de spécialité), dans le cadre d'un forum organisé ce jour par M. Amar, la justice pense à protéger les coupables, l'État doit penser à protéger la société (!...). En d'autres termes, passer d'une justice de responsabilité à une justice de sureté.
Au nom de cette "protection", la fin justifiant les moyens, le bateleur n'hésite pas alors à se substituer à toutes les institutions, en dépit de ce que leur "indépendance", garantie constitutionnellement, est elle-même censée garantir la démocratie. 
 
La mise en cause des compétences du judiciaire, comme celle de l'autorité du Conseil constitutionnel, sont bien une épreuve de force par laquelle doit être faite la démonstration de la transgression possible de ce qui est constitutionnellement établi, et, conséquemment, de la fragilité manifeste des institutions de la République.
Voici venu le temps du populisme, cette idéologie de l'initiative individuelle et du coup de force au nom du "peuple", groupe abstrait instrumentalisé à des fins partisanes, sans autre lien entre ses membres que celui de ses gourous auto-proclamés, ceux-là mêmes qui ont su, en d’autres temps troublés, conduire d'autres foules au suicide collectif.

Dans cette droite ligne, effroi assuré devant le Vampire des Carpates. Irait-on jusqu'à nous en ressortir la panoplie pour une dernière farce, quand la mise sur la place publique du caractère encombrant d'institutions de la vieille démocratique bourgeoise pour un Nouvel Ordre Mondial, est à double tranchant pour le transgresseur, qui se verrait lui-même vite bousculé par ceux-là mêmes qu'il aurait incités à passer outre ?
On remarquera ainsi que M. Le Pen revient en grand arbitre du "débat" (Grand Jury RTL 24/02/08), dans lequel il est, bien évidemment, uniquement question d'évoquer le "bien-fondé de protéger la société" de délinquants qui auront, par ailleurs, purgé leur peine au titre de leur responsabilité avérée, reconnue, jugée par des juges d'Assises, et en aucune façon de protéger la société du présent délit de mise en péril de la Constitution.

La confusion résultant du bruit ainsi généré sans cesse, permet à la crapulerie de continuer de régner, et à l'incompétence de plastronner. Qu'elles soient avérées les renforce dans le cynisme ambiant, comme une marque de plus de puissance.
Pour autant, le spectacle, chaque jour renouvelé, de la "rupture" avec la normalité d'un fonctionnement républicain bien établi, n'est pas sans conséquence. Que ce soit de la part de l'amusante dite "opposition", ou au sein même de l'Union pour le Maintien au Pouvoir, se livre, désormais à ciel ouvert, une guerre de succession entre ceux qui, loins de remettre en cause la nécessité même du propos, s'inquiètent des conséquences pour la suite de leur carrière, de bafouer aussi visiblement la "fonction" politique, cette "tradition" française monarchiste, aujourd'hui renvoyée dans les cordes par l'américanisation affichée du "style" nouvellement adopté, ramenant sans vergogne la fonction politique à sa brutale vérité de commis VRP (Very Ridiculous Puppet) des groupes multinationaux.
Seraient, une fois encore, les dindons de la farce ceux qui, malmenés par la morgue des monarques et autres petits marquis, prendraient la vulgarité, cette marque de fabrique de la modernité, comme une forme de proximité, de familiarité. Prenant l'image pour la chose, se laissant berner par la "réclame", on serait tenté de croire à un changement, changement tant martelé qu'il faudrait Y CROIRE, c'est-à-dire Y ADHÉRER. Bien évidemment, rien ne change, si ce n'est les images de la pub, le produit reste le même, toujours aussi falsifié.
Pour autant, la concurrence au sein de la nomenklatura française ne manquera pas de nous divertir quand le petit personnel politique croira devoir se mettre au ton du jour, sans pour autant qu'aucune de ses sinistres figures ne puisse être assurée d'être à la hauteur d'un tel enjeu  !....

La "modernisation", unique cheval de bataille, tant et tant annoncée, toujours différée, credo répété, à la façon de la méthode Coué, par ceux-là mêmes qui doivent tout à celui qui les a placés aux fonctions qu'ils occupent, serait une manière d'aligner la France sur l'ère du spectaculaire intégré, quand l'État de droit laisse toute la place à la marchandise disant le droit, en tant qu'Ordre des choses, nouvelle divinité mystérieuse qui a, elle aussi, ses oracles, "nouvelle Nature contre laquelle les hommes ne peuvent rien, sinon s'adapter", ne cesse-t-on de répéter, pour justifier déterritorialisation du capital et "parachutes en or " de dirigeants à l'incompétence d'autant mieux rémunérée, semble-t-il qu'elle est manifeste.
Accélérant toujours davantage la mutation du monde vivant en monde de la chose manipulable et vendable, le Nouvel Ordre Mondial de la marchandise n'a, dès lors, plus de "précaution" particulière à prendre pour faire entrer ses bouleversements accélérés dans le champ d'une réalité déjà recomposée (comme il est dit du jambon qu'il est recomposé) et où il n'est donc plus question que "d'amélioration" du même.
Ce monde est SON monde, le mensonge y est chez lui, et la vérité une immigrée clandestine qui, en tant que telle, doit être ou retournée, ce qui est encore la forme la plus courante, ou réduite si, par de malheureuses circonstances, la "mondialisation" pour le plus trivial et le plus mensonger, un accident nucléaire  pour le plus réaliste, plaçant brutalement, sans médiation, la population devant les conséquences de ses égarements, celle-ci en venait à toucher la réalité du doigt, à en prendre conscience.

Ces "circonstances malheureuses" étant désormais de l'ordre de la banalité quotidienne, au su même des autorités chargées de les gérer, celles-ci prennent en effet quelques "précautions de gouvernance", les seules qui leur importent réellement puisqu'il ne s'agit plus pour elles de gérer, mais simplement de durer.
Pour ce faire, seule l'annonce importe, la "communication", cette nouvelle dénomination de la "réclame", annonce de prétendues "précautions prises en vue de la protection du citoyen".
La réalité est tout autre : tandis qu'ils ne PEUVENT agir sur des domaines réels, tel l'environnement, sans remettre en cause toute la logique du capitalisme à l'œuvre, ils prennent contre l'individu des mesures de police, lui faisant porter la responsabilité des maux de cette planète, lui enjoignant de la "sauver" par un comportement irréprochable, le surveillant, le traquant dans le moindre de ses égarements potentiels jusque sous la couette, le punissant en conséquence, par une mise hors service comme "marchandise non conforme" ou le reformatant sous les bons auspices des "experts du non-devenir".
Telles sont et seront désormais les seules "réformes", les seules "modernisations", tant que nous ne nous aviserons pas qu'en rond ne cessons de tourner ....


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Publié dans Au pays de l'esbrouffe

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