CHRISTUS REX

Publié le par Pim

Un train peut en cacher un autre. Nul n'est censé l'ignorer, sinon les enfants, peut-être.

Ces derniers jours, nous avons pu apercevoir sur nos écrans de la Platitude force manifestations de la meilleure foi du monde, jurant ses grands dieux qu’il faut absolument, c’est une question d’heures, “PROTÉGER” la société des monstres qu’elle couve en son sein.
La presse, fidèle collaboratrice, s'est aussitôt hâtée de livrer une listesecrète” d'«Une poignée d'individus dont la très prochaine sortie de prison peut faire craindre pour la sécurité de chacun d'entre nous»,  aux fins, sans doute, que la justice revienne enfin à davantage de raison, c'est-à-dire d'"efficacité", celle des meilleures heures de la "justice divine et populaire” du Ku Klux Klan.

Parmi ces manifestations de pieuse bienséance, devrait-on considérer comme anodin le fait que notre sérieux, fiable, discret Premier ministre s’avise de couvrir pudiquement les “incidents” langagiers du chef de l’État français, en sussurant, à bon entendeur, que selon lui, en substance, “on ne refuse pas la main tendue par le chef de l’État” (son expérience en la matière doit-elle servir de modèle ?) ?
Une image chasse l’autre, le spectacle dévore ses proies, tel le Moloch’. Il semble s’en être trouvé une de choix en la personne de M. Sarkozy, ce chef d’État “victime”, selon ses propres termes, comme de ceux de ses proches "collaborateurs", d’une sorte de complot, oscillant entre acharnement médiatique et immobilismes, qui viserait à l’empêcher d’accomplir son Œuvre, ce "ça" pour la réalisation duquel il aurait été nommé (l'inconscient, "le primitif en nous, sous la domination souveraine du principe de plaisir" selon la théorie psychanalytique, “faire président” selon ses propres termes ...).

Le spectacle fait vendre. En l’occurrence, la personne du chef de l’État, livrée ainsi à la vindicte, fait vendre, et c’est là un bénéfice indéniable.
A ce bénéfice, cependant, et afin d’en faire le solde net, il convient d’associer une mesure des conséquences, sur le plan de l’image, de la désacralisation aussi abrupte de la fonction politique. Comment, en effet maintenir un minimum de crédibilité à la chose quand celui chargé d'en assumer la représentation  joue son rôle avec la crudité d'un commis livrant au jour ce qui nécessiterait, selon certains, d'être maintenu, coûte que coûte, dissimulé, à savoir que le politique n'est plus aujourd'hui que l'histrion de forces occultes.
Mais outre que le coût de cette dissimulation semble s'avérer hors de prix aujourd'hui, il semble tout aussi avéré que les  “gestionnaires”, "conseillers" et autres “experts” des bons fonctionnements de l’ordre marchand ne veulent plus rester dans l'ombre. Eux aussi veulent apparaître, comme la dernière manifestation de leur apparence de pouvoir.
L'exercice n'est pas sans risque, ce qui ne peut manquer d'être pris en considération par les successeurs en lice qui voient, non sans dépit pour leurs prétentions, s'effriter sous leurs yeux l'importance du "monarque", seule figure en face de laquelle le bon peuple se constitue. 

Celle du "Sauveur" s'y substituerait avantageusement, pour l'heure. Dans la pure tradition christique, celui-ci prend sur lui la souffrance des victimes, devenant “victime” lui-même. Un procédé s’inscrivant dans le mécanisme du sacrifice symbolique du seigneur au(x) dieu(x) faisant pendant au sacrifice réel du peuple soumis.
Dans le mécanisme de la sidération, par exemple, le spectateur est saisi, glacé sur place. Il revient à lui, si l’on peut dire ainsi puisqu’il n’est plus tout à fait lui-même, en une sorte de reconnaissance compassionnelle débordante de ne pas avoir été, lui aussi, la victime expiatoire. La "victime" accède ainsi au statut de première marchandise, celle qui fait vendre toutes les autres, quand sa seule représentation exonère de toutes les exactions commises dans le même temps. Ainsi fonctionne le cynisme au pouvoir.
Une Commedia dell' Arte dans laquelle la Sainte Trinité du Père du Fils et du Saint Esprit se laisse volontiers encanailler, le spectacle laissant son fils chéri se faire clouer au pilori télévisuel, dans le sacro-saint respect de l’esprit saint dissimulé, le canaillou, dans le panier chaque jour payé de la souffance bien réelle de la ménagère ...
Le dernier spectacle servi chaud en est la dégoulinante déclinaison :

Notre Sauveur, en "devoir d'hyperactivité", nous exfiltre du Mal et de ses monstres, toutes figures hideuses de la dépravation et du stupre, se laissant insulter, pour ne pas dire pire. Certains n'iraient -ils pas jusqu’à refuser de lui serrer la main sur le cœur tendue ?...
Des mécréants, à n’en pas douter, voire quelque “terroriste intérieur” ..." Un spectateur qui ne joue pas le jeu !", selon le mot de Mme Parizot ("jeu" pour ses acteurs, dûment rémunérés à distraire la galerie). Tant va le mensonge à l'eau, qu'à la fin en jaillit la vérité, toute nue. Celle que la classe dite dirigeante, qui a pu faire illusion un temps et forcer le respect par quelques manières, n'a plus même les moyens de ce luxe, n'offrant plus comme seule justification de sa domination que sa seule brutalité, en d'autres termes, sa puissance de feu.
"Je ne laisserai pas les forces de conservation l'emporter", martèle Notre Sauveur. "Si le président ne s'engage pas, ça ne bouge pas, déclare-t-il. Si je ne tape pas du poing sur la table, si je n'exige pas des résultats, il ne se passe rien." (bouger, remuer, signes de l'activité humaine, qui la distinguent de la circulation des choses sur trottoirs roulants).
La France doit AVANCER (lever le bras droit et prononcer résolument YES !) et son représentant pouvoir s’affranchir des limites qui lui sont fixées par quelques "immobilistes" (Constitution française, pour la pacotille ...), afin qu’il puisse, EN TOUTE LIBERTÉ, fixer les limites de la démocratie, la confiner en quelque sorte, comme se confine un réacteur nucléaire, afin de le protéger de tous les dangers qui le guettent au coin du fleuve dont il assainit la faune. (N'entendrait-on pas, ici par exemple, "les forces de conservation", dangereusement attachées à la vie, prétendre qu'il vaudrait mieux qu'il n'y ait pas de nucléaire du tout ?...

À l'instar du chancelier Hitler, accédant au pouvoir sur le programme alléchant de PROTÉGER les Allemands, ces victimes (résultat : 60 millions de morts, dit-on), un autre grand démocrate, G. W. Bush, en réponse immédiate à l’évènement du 11/09/2001, fit adopter par le Congrès des États-Unis le Patriot Act. Furent alors “également modifiées, les lois sur l'immigration, les lois d'opérations bancaires, la loi de surveillance d'intelligence étrangère (FISA). Il créa une nouvelle catégorie de crime dit "du terrorisme intérieur" (section 802). Cette accusation s'applique par exemple à la consultation privée de documents qui réfutent la théorie officielle.
"Bien que Les cours fédérales aient affirmées que quelques dispositions sont des infractions inconstitutionnelles sur des libertés civiles, le Patriot Act fut renouvelé par un vote du Sénat et de la Maison Blanche le 2 mars 2006 avec 89 pour et 11 contre dans le Sénat, et le 7 mars 280 pour 138 à la Maison Blanche. Le renouvellement a été signé par le Président George W. Bush le 9 mars 2006.
Le 9 mars 2007, le département de justice des États-Unis a divulgé une vérification interne des comptes qui a constaté que le FBI avait utilisé illégalement le
Patriot Act afin d'obtenir secrètement des informations personnelles sur des citoyens américains."

Dans sa bienveillante sagesse, M. Bush a commencé par désigner des terroristes (ce terme très usité dans les couloirs de la Gestapo) violentant, ... pour leur bien, la vie privée des citoyens comme on protègerait des enfants dont l’innocence ne saurait les garantir du Mal.
Puis, s’en prenant au "Mal" à sa racine, en quelque sorte, il entendit les protéger du terrorisme, cette immensité tellement abstraite, insidieuse et permanente, que se justifient tous les moyens employés contre elle, y compris, bien évidemment, la permanence de l’inquisition déployée à cet effet, ainsi que l’importance du spectacle mis en œuvre pour bien faire entrer dans les têtes que le royaume de l’abondance est un paradis, certes, mais fragile et convoité par tous les mécréants de la planète, qu’il convenait de garantir par un renforcement des barrières de toutes sortes, vigilance, suspicion, inquiétude de chacun vis à vis de tous, à commencer par soi-même (est-on bien sûr d’être tout à fait honnête ?), afin que nul n'en jouisse innocemment sans qu'il n'ait été auparavant dûment labellisé, javellisé.

En notre bon Royaume de France, nous sommes passés, par glissement sémantique, du criminel au monstre pour finir au récidiviste, contre lequel notre “Sauveur” bataille sans relâche par cette loi de rétention de sureté.
Nous ne saurions pour autant supposer que ses louables efforts pour nous protéger s’arrêtent à quelques 30 bonshommes, à ce point dangereux qu’ils feraient trembler 63 Millions (-30) de "Bons Français" calfeutrés derrière les portes dûment blindées de leur pauvre chaumière tristement éclairée par l'unique lucarne bleuâtre.

Il y a des récidivistes, il y aura du “récidivisme”. Notre Sauveur, visionnaire d'un futur probable (inscrit dans le scénario), “questionné sur la police de proximité, qu'il avait supprimée en tant que ministre de l'intérieur, répond : "Pour moi, la vraie police de proximité, c'est la brigade anti-criminalité (...), ceux qui sont sur le terrain au moment où les délinquants s'y trouvent".
Entraver le récidiviste ne consiste-t-il pas, selon toute évidence, à le traquer en amont du moment où il va potentiellement agir, avant même qu’il ne commettre son abominable forfait ?
On sait avec quelle prévention la BAC s’attache à traduire la présomption d’innocence dans les faits. Voilà une manière, entre autres, de prévenir le récidivisme : considérer, à l’instar de Sartre (un philosophe, nous dit-on), que nul ne saurait être innocent en ces temps. Notamment dans certains quartiers, où se concentrent, allez savoir pourquoi, les “victimes”.

La "rupture" est le titre de ce scénario. Focalisant l'attention par son sidérant style Blitzkrieg, M. Sarkozy permet, derrière le leurre de ses extravagances mises en scène, de la détourner du fait que la domination continue de faire avaliser l'essentiel de ses délirantes prétentions, cette dite "modernisation", irréversible transformation de l'homme et du vivant sur cette planète.
Absence d'opposition à cet anéantissement sans précédent, comme absence de maîtrise de ses effets se conjuguent. L.Mumford annonçait dès 1956, le produit ultime de cette rationalisation de la dépossession. "En bref, le pouvoir et l'ordre, poussés à leur comble, se renversent en leur contraire : désorganisation, violence, aberration mentale, chaos subjectif."
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Publié dans Au pays de l'esbrouffe

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