PAF !...
Il y eut Seins tro pe, il y eut l’ORTF, entre les deux la N7, et pour les moins argentés, le bistro. Et sur cette France, planant tel un père, un général, souvent en uniforme, qui eut tout de même le génie politique de réussir son entrée par un coup d’État, pour ne pas dire coup de bluff, se faisant remettre le pouvoir sur fond de menace de guerre civile par celui-là même qui, vingt ans plus tôt, avait voté les pleins pouvoirs à un autre glorieux militaire, le maréchal Pétain.
En cette France, que de Gaulle fit entrer dans le spectacle moderne, la télévision eut la place qui lui revenait de droit. De même qu'Hitler avait su utiliser les ressources de la radio comme instrument d'une propagande au service de son parti, la télévision, à la pointe de la technologie mais encore à ses balbutiements quant à son emploi, accompagna l’éclatement social et l’isolement qui faisaient pendant à la mise en place du spectacle moderne. Celui-ci, derrière strass et paillettes, installait les réalités d’une urbanisation gangrenante, bouleversant profondément habitudes et mœurs d‘une société sonnée par deux guerres qui venaient de la faire entrer dans le fracas de l'industrialisation à marches forcées du vingtième siècle.
L’ORTF, cette enfant de son général, sous le couvert d'une autonomie nouvellement acquise mais en réalité vite perdue, rediffusait en noir et blanc ce qu’il convenait de savoir de ce monde convié à la représentation de l’affrontement de deux géants, au centre duquel notre géant à nous prétendait jouer les arbitres, une sorte de troisième voie. Non celle du Tiers-monde, - bien que ce fut au nom de son empire colonial et de ses centaines de millions de bras sur le travail desquels la France s'appuyait pour prétendre à ce rôle - mais celle de son indépendance politique, prétendument jalousement défendue selon de Gaulle. Ce furent donc, entre autres, la Force de frappe, dont nous continuons de payer la note (ne serait-ce qu'en vies humaines) malgré sa frappante inutilité, et le remerciement de l’OTAN, qui en emporta ses valises, ce qui ne fut pas le pire de ce qu'il fit.
Au milieu de ces turbulences, l’ORTF fut la voix de son maître qui, imperturbable, semblait dominer le vacarme et conduire le pays vers l’avenir radieux de l’abondance enfin, de Gaulle menant de main de maître sa politique en chef d'orchestre devant son public et accessoirement en militaire.
Mais c’est bien en cette France que ces déchirements profonds devaient accoucher de 68 et de sa jeunesse turbulente qui demandait brusquement la réalisation, ici et maintenant, de promesses non tenues par une société qui avait beaucoup travaillé et souffert, mais pour accomplir quoi ?
Pour autant, la “jouissance, ici et maintenant”, au cœur des revendications de cette révolution manquée, fut aussi bien ce qui servit de tête de pont à ce qui allait suivre d’une contre-révolution ou, plus exactement de la reprise en mains par la société de consommation de cette jeunesse, c’est-à-dire la poursuite, la mise en place, l’achèvement de cette société dite de consommation.
En cette France, que de Gaulle fit entrer dans le spectacle moderne, la télévision eut la place qui lui revenait de droit. De même qu'Hitler avait su utiliser les ressources de la radio comme instrument d'une propagande au service de son parti, la télévision, à la pointe de la technologie mais encore à ses balbutiements quant à son emploi, accompagna l’éclatement social et l’isolement qui faisaient pendant à la mise en place du spectacle moderne. Celui-ci, derrière strass et paillettes, installait les réalités d’une urbanisation gangrenante, bouleversant profondément habitudes et mœurs d‘une société sonnée par deux guerres qui venaient de la faire entrer dans le fracas de l'industrialisation à marches forcées du vingtième siècle.
L’ORTF, cette enfant de son général, sous le couvert d'une autonomie nouvellement acquise mais en réalité vite perdue, rediffusait en noir et blanc ce qu’il convenait de savoir de ce monde convié à la représentation de l’affrontement de deux géants, au centre duquel notre géant à nous prétendait jouer les arbitres, une sorte de troisième voie. Non celle du Tiers-monde, - bien que ce fut au nom de son empire colonial et de ses centaines de millions de bras sur le travail desquels la France s'appuyait pour prétendre à ce rôle - mais celle de son indépendance politique, prétendument jalousement défendue selon de Gaulle. Ce furent donc, entre autres, la Force de frappe, dont nous continuons de payer la note (ne serait-ce qu'en vies humaines) malgré sa frappante inutilité, et le remerciement de l’OTAN, qui en emporta ses valises, ce qui ne fut pas le pire de ce qu'il fit.
Au milieu de ces turbulences, l’ORTF fut la voix de son maître qui, imperturbable, semblait dominer le vacarme et conduire le pays vers l’avenir radieux de l’abondance enfin, de Gaulle menant de main de maître sa politique en chef d'orchestre devant son public et accessoirement en militaire.
Mais c’est bien en cette France que ces déchirements profonds devaient accoucher de 68 et de sa jeunesse turbulente qui demandait brusquement la réalisation, ici et maintenant, de promesses non tenues par une société qui avait beaucoup travaillé et souffert, mais pour accomplir quoi ?
Pour autant, la “jouissance, ici et maintenant”, au cœur des revendications de cette révolution manquée, fut aussi bien ce qui servit de tête de pont à ce qui allait suivre d’une contre-révolution ou, plus exactement de la reprise en mains par la société de consommation de cette jeunesse, c’est-à-dire la poursuite, la mise en place, l’achèvement de cette société dite de consommation.
C’est dans ce mouvement général d'un prétendu accomplissement hédoniste d'un MOI hystérisé, coupé de tout ce qui le constitue, auquel la société, soudain libérée (de son passé peut-être ?), aurait ouvert toutes les portes, que la télévision prit des couleurs, tentant sans doute de faire pâlir les couleurs châtoyantes de psychotropes, dûment condamnés en même temps qu’ils étaient vendus, dans lesquels se “réfugiait” une part de cette jeunesse, qui prolongeait ainsi, dans l’illusion et la délinquance. les promesses d’une révolution manquée,
Cette "nouvelle société" prétendait laisser derrière cette rupture de 68 une vision bipolaire en noir et blanc, Est/Ouest, Nord/Sud, sortie de la guerre et de l’affrontement entre classes, trop "politique", trop frenchy, au profit du spectacle en couleurs anglo-US. En toile de fond, séduction et politique du signe devenaient chevaux de bataille d’une concurrence qui faisait rage pour la main mise sur la planète des nouveaux marchés extra-européens qui, à l’aube de cette seconde moitié du siècle, étaient sortis d’une trop visible dépendance politique à la vieille Europe coloniale, un obstacle à leur accession libre au marché mondial désormais dominé par les USA. (Cette américanisation gagnera les structures générationnelles de nos sociétés. Les enfants, autrefois sous la tutelle parentale, sont aujourd’hui en prise directe avec les sollicitations commerciales).
La télévision s’adapte donc à cette nouvelle donne et éclate, telle l’ORTF, en de multiples pôles concurrents, avant que d’être concurrencée par d’autres types de supports, tout aussi aliénants, tel l’internet. Un changement visant à une “individualisation” du spectateur, celui-ci prenant acte de ses multiples choix supposés.
En fait de choix le spectateur n'en a toujours qu’un seul, celui de s’asseoir (il paraît que c’est plus confortable pour dormir), de se taire et de regarder, c’est-à-dire de s’oublier. Quant à la variété des programmes, elle dit assez vite sa vacuité. Les mêmes stupidités sous des couleurs variées.
Voici donc ce Paysage Audiovisuel Français, identique en tous points à ce qui se produit d’aussi stupide et aliénant en tout autre point de la planète. On hésitera, à son propos, entre baffe et Police de l’Air et des Frontières.
Dans 1984 d'Orwell, un livre très à la mode, le PAF de la novlangue n’existe pas encore, mais écrans omniprésents et police de la pensée conjuguent leur mainmise pour veiller à ce que jamais la pensée ne trahisse sa présence et n'émerge, faisant en sorte, à l'instar de l'Assomoir de Zola, que l'esprit jamais ne parvienne à se centrer sur un objet digne d’être poursuivi et mis en œuvre, le dispersant sur des activités besogneuses et sans autre objet que de l'occuper.
Cette "nouvelle société" prétendait laisser derrière cette rupture de 68 une vision bipolaire en noir et blanc, Est/Ouest, Nord/Sud, sortie de la guerre et de l’affrontement entre classes, trop "politique", trop frenchy, au profit du spectacle en couleurs anglo-US. En toile de fond, séduction et politique du signe devenaient chevaux de bataille d’une concurrence qui faisait rage pour la main mise sur la planète des nouveaux marchés extra-européens qui, à l’aube de cette seconde moitié du siècle, étaient sortis d’une trop visible dépendance politique à la vieille Europe coloniale, un obstacle à leur accession libre au marché mondial désormais dominé par les USA. (Cette américanisation gagnera les structures générationnelles de nos sociétés. Les enfants, autrefois sous la tutelle parentale, sont aujourd’hui en prise directe avec les sollicitations commerciales).
La télévision s’adapte donc à cette nouvelle donne et éclate, telle l’ORTF, en de multiples pôles concurrents, avant que d’être concurrencée par d’autres types de supports, tout aussi aliénants, tel l’internet. Un changement visant à une “individualisation” du spectateur, celui-ci prenant acte de ses multiples choix supposés.
En fait de choix le spectateur n'en a toujours qu’un seul, celui de s’asseoir (il paraît que c’est plus confortable pour dormir), de se taire et de regarder, c’est-à-dire de s’oublier. Quant à la variété des programmes, elle dit assez vite sa vacuité. Les mêmes stupidités sous des couleurs variées.
Voici donc ce Paysage Audiovisuel Français, identique en tous points à ce qui se produit d’aussi stupide et aliénant en tout autre point de la planète. On hésitera, à son propos, entre baffe et Police de l’Air et des Frontières.
Dans 1984 d'Orwell, un livre très à la mode, le PAF de la novlangue n’existe pas encore, mais écrans omniprésents et police de la pensée conjuguent leur mainmise pour veiller à ce que jamais la pensée ne trahisse sa présence et n'émerge, faisant en sorte, à l'instar de l'Assomoir de Zola, que l'esprit jamais ne parvienne à se centrer sur un objet digne d’être poursuivi et mis en œuvre, le dispersant sur des activités besogneuses et sans autre objet que de l'occuper.
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