Casse à tous les étages
Voici un article parue dans Le Monde sous le titre "Réforme de la recherche et fuite des cerveaux : les effets du karcher." par Thierry V., Directeur de Recherche le 23.02.09.
"Le CNRS était au 1er rang européen, au 4ème rang mondial des instituts de recherche. Il était multi-disciplinaire face aux défis du 21ème siècle. Il était de fort belle taille pour être visible devant les gigantesques universités des grandes puissances. Bien qu'au 18ème rang mondial pour la part du PIB consacrée à la recherche académique, la France faisait vivre UN grand institut de recherche.
"Mais il a été démantelé en 2008. Cloisonné en instituts mono-disciplinaires, par des gens qui n'ont pas compris que les sciences de l'homme, de la vie, de l'ingénieur, etc.. avancent ensemble. Morcelé, (...)
(...) Cela s'appelle: réformer au karcher.
Nous, scientifiques, aurions tant eu besoin d'une vraie réforme de la recherche: voir notre travail scientifique vraiment évalué collectivement (au niveau des équipes de recherche), (...) nous travaillons depuis des décennies en équipe); voir nos structures simplifiées; aider recherche académique et industrielle à travailler ensemble au lieu d'accorder des crédits d'impôts massifs à des entreprises, sans aucun contrôle scientifique sur l'usage des fonds. Et surtout surtout une vraie réforme pour nos universités, par qui comprend ce qu'est la recherche, et non avec une pensée politique qui n'emboite que des lieux communs, dans un français qui n'est même pas correct, dans tous les sens du terme:
http://www.youtube.com/watch?v=6Ttl0t4zmj4
"(...).
Alors je vais vous expliquer ce qui va se passer. Nous chercheurs allons simplement travailler pour d'autres pays. Nos meilleurs cerveaux seront rachetés, ils travailleront ailleurs ces 50 à 60 heures par semaine où notre passion nous dévore. Mais les autres chercheurs le feront aussi. Voici comment : nous ferons nos 35 heures de tâches administratives (puisque nos moyens de faire de la recherche vont nous être retirés, nous ne ferons plus de recherche, juste de l'administration) ou pédagogiques pour le prix des salaires que nous recevons. Nous allons d'ailleurs nous souvenir que nous sommes des ingénieurs supérieurs des grandes écoles, des docteurs d'université et.. et rappeler à ce pays gouverné par le fric, combien il faut nous payer ici, puisque être payé moins pour travailler plus, conduit à être pris pour des blaireaux et voir le président de son propre pays nous insulter publiquement.
Et nous mettrons les 25 autres heures que nous consacrons à la recherche fondamentale au service d'autres pays qui eux méritent que nous les servions. Nous collaborons déjà tellement bien au niveau européen et au delà, que nous sommes déjà aussi ailleurs. Télétravail, outils électroniques, nous sommes déjà en réseau, et pouvons travailler à distance sans voler d'énergie à la planète. Dans mon équipe, plus de 20% de l'activité est déjà internationale. Là où des pays, souvent plus pauvres que le nôtre, mais avec des dirigeants plus intelligents, nous donnent de petits moyens, mais des moyens pertinents, pour avancer. (...).
Celui en qui 53% de français avaient placé leur confiance en avril 2007, lâcha en ricanant "quand il y a une grève, [plus] personne ne s'en rend compte" bafouant, par un propos bien racaille, un des droits fondamentaux de notre constitution. Et bien, nous, nous ne ferons bientôt plus grève... à travers la toile numérique, nous serons partis."
En dépit des illusions ici entretenues sur la Recherche scientifique, quand elle est déjà asservie, dans ses visées comme dans ses méthodes, à la survie du totalitarisme mercantile, ce point de vue rend compte de la stratégie à l'œuvre. Ici, comme en tout autre secteur, il s'agit de DÉMANTELER ce qui fonctionne, afin qu'en effet, les chercheurs aillent ailleurs chercher ce qu'ils ne trouvent plus ici, allant de ce fait dans le sens souhaité, à savoir se livrer au plus offrant en termes de conditions de travail, tels de neo-mercenaires ou des paysans sans terre, nonobstant les objectifs de cette dite "recherche".
Voici illustrée, une fois de plus, l'incurie à l'œuvre dans ce pays, depuis de nombreuses décennies, certes, mais sans vergogne désormais, et comme une forme de provocation, quand il s'agit de signifier exactement ce qui est accompli : l'ordre CASSE, installant le désordre. C'est là désormais son rôle, réduire tout ce qui fonctionne à l'état de jouet, comme la stratégie en est évidente en toute situation coloniale, quand il s'agit rien de moins que de priver de toute autonomie ce pays, l'une des missions de ceux qui on été placés à sa tête par les grands groupes financiers et qu'illustre, par ailleurs, sa réintégration dans la vassalité atlantiste.
La "recherche" ne doit plus être que l'instrument docile et efficace de groupes tels ceux agissant dans le domaine de l'agro-alimentaire, du pharmaceutique ou du nucléaire, par exemple. Le démantèlement poursuit donc d'abord cet achèvement, qui passe par celui du CNRS, dans son organisation, trop centralisée et donc encore trop apte à une vision unitaire, comme dans sa prétention affichée à y associer le politique.
Ce mode de domination, dépassé, présente trop d'impondérable, et notamment dans des pays tels la France, à tradition politique, a contrario des pays anglo-saxons, déjà servilement mercantiles. Il ne saurait y avoir qu'un seul pouvoir, celui des boutiquiers et autres industriels associés. La Guadeloupe est en train de le vérifier.
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