Du bonheur, comme idée subversive
Une société coloniale se définit par le fait que les produits de son travail échappent totalement à ceux qui les produisent au seul bénéfice d’une métropole et/ou d'une caste de ses dits représentants.
Les média, par stupidité et/ou malhonnêteté fonctionnelles de la pensée express, réduisent le mouvement social antillais, entre autres mensonges, à une revendication d’augmentation de salaire, une crise raciale, ou une volonté d’indépendance.
Comment sauraient-ils traduire, en effet, eux qui vivent de prébendes d’avoir participé à sa mise aux oubliettes, une exigence d’égalité, telle celle figurant au frontispice de la république française, celle dont est censée faire partie cette “possession” américaine ?
1- Illustration de la schizophrénie de cette société aux fondements coloniaux, "l’État français vient de refuser que les archives personnelles du fondateur de l’Internationale situationniste quittent la France. L’arrêté du 29 janvier, signé de la ministre de la Culture Christine Albanel, et publié jeudi dans le Journal officiel, stipule que ces archives revêtent «une grande importance pour l’histoire des idées de la seconde moitié du XXe siècle et la connaissance du travail toujours controversé de l’un des derniers grands intellectuels français de Guy Debord érigé en trésor national… "
Dans son "Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations" (Gallimard 1967), Raoul Vaneigem soulignait : "la fonction du spectacle idéologique, artistique, culturel, consiste à changer les loups de la spontanéité en bergers du savoir et de la beauté. Les anthologies sont pavées de textes d’agitation, les musées d’appels insurrectionnels ; l’histoire les conserve si bien dans le jus de leur durée qu’on en oublie de les voir ou de les entendre". Debord ne fera donc pas exception à la règle, tandis que, dans le même temps, sont poursuivis et enfermés ceux qui le lisent et entendent tirer de sa critique du spectacle toutes ses conclusions pratiques.
Les média, par stupidité et/ou malhonnêteté fonctionnelles de la pensée express, réduisent le mouvement social antillais, entre autres mensonges, à une revendication d’augmentation de salaire, une crise raciale, ou une volonté d’indépendance.
Comment sauraient-ils traduire, en effet, eux qui vivent de prébendes d’avoir participé à sa mise aux oubliettes, une exigence d’égalité, telle celle figurant au frontispice de la république française, celle dont est censée faire partie cette “possession” américaine ?
1- Illustration de la schizophrénie de cette société aux fondements coloniaux, "l’État français vient de refuser que les archives personnelles du fondateur de l’Internationale situationniste quittent la France. L’arrêté du 29 janvier, signé de la ministre de la Culture Christine Albanel, et publié jeudi dans le Journal officiel, stipule que ces archives revêtent «une grande importance pour l’histoire des idées de la seconde moitié du XXe siècle et la connaissance du travail toujours controversé de l’un des derniers grands intellectuels français de Guy Debord érigé en trésor national… "
Dans son "Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations" (Gallimard 1967), Raoul Vaneigem soulignait : "la fonction du spectacle idéologique, artistique, culturel, consiste à changer les loups de la spontanéité en bergers du savoir et de la beauté. Les anthologies sont pavées de textes d’agitation, les musées d’appels insurrectionnels ; l’histoire les conserve si bien dans le jus de leur durée qu’on en oublie de les voir ou de les entendre". Debord ne fera donc pas exception à la règle, tandis que, dans le même temps, sont poursuivis et enfermés ceux qui le lisent et entendent tirer de sa critique du spectacle toutes ses conclusions pratiques.

2- "Il était reproché à Jacques Chirac de s’enfermer en son palais. Nicolas Sarkozy fait mieux : il ne rechigne pas à quitter le cocon élyséen, mais à chacun de ses déplacements, il voyage enfermé dans une bulle. Mieux qu'une papamobile, ses préfets lui concoctent désormais un accueil sur-mesure, destiné à protéger le président de sa bête noire : le peuple français.
"Et lorsque le président est contraint d’aller à la rencontre du public, comme à l’occasion du Salon de l’Agriculture, c’est l’UMP qui prend le relais en organisant la claque à grand renfort de bus remplis de militants enthousiastes. Le résultat est parfait : pas de « touche-moi pas, tu me salis ».
"Un an après son "casse-toi pov' con", le chef de l'Etat a pris toutes les précautions (...) lors de sa venue ce samedi au Salon de l'agriculture.(...).
La sécurité, d'abord. En plus des agents de sécurité élyséens qui guettaient dans les allées alentours, deux cordons de gardes du corps encadraient Nicolas Sarkozy et le long cortège présidentiel. Le premier autour de lui, et l'autre pour retenir les visiteurs et exposants qui n'étaient pas autorisés à s'approcher.
Les médias, ensuite. Entre les deux cordons, quelques journalistes dûment sélectionnés en possession d'un badge "Présidence de la République - Pool". Les seuls qui avaient droit de cité autour du chef de l'Etat. Les autres accréditations de presse ne permettaient à peine plus de s'approcher qu'un simple ticket d'entrée.
(Maltraités comme de simples quidam, réduits à l'état de public, d'anonyme ! Nous compatissons, en effet, puisque là réside le seul scandale pour beaucoup de journalistes, qui ne peuvent plus même prétendre figurer dans le cénacle du pouvoir pour en faire connaître au bon peuple, disent-ils, ce qu'ils jugeront utile de négocier de ses petits secrets et bons mots ...)
Le public, enfin. A côté des jeunes UMP venus acclamer Nicolas Sarkozy, la sécurité du Président veille. "Attention à l'homme en anorak rouge avec des cheveux blancs et des tracts verts à droite du cortège", "éloignez le gros barbu qui s'approche devant en jean et pull bleus"... Et lorsque certains osent dégainer une pancarte, ils sont écartés."
("...) Peut-être pas suffisant pour réhabiliter l’image passablement dégradée du chef de l’Etat. Cependant, le parti majoritaire a de la ressource. Ses jeunes surtout : les camarades de Benjamin Lancar ont lancé une campagne de soutien au Président. Et ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère : 50 000 affiches, un demi-million de tracts et une vidéo sur le Net vantant « un président à la hauteur des enjeux ». Il ne manque plus que des portraits géants de notre bienfaiteur brandis sur son passage à chacun de ses déplacements. (...)"

"Et lorsque le président est contraint d’aller à la rencontre du public, comme à l’occasion du Salon de l’Agriculture, c’est l’UMP qui prend le relais en organisant la claque à grand renfort de bus remplis de militants enthousiastes. Le résultat est parfait : pas de « touche-moi pas, tu me salis ».
"Un an après son "casse-toi pov' con", le chef de l'Etat a pris toutes les précautions (...) lors de sa venue ce samedi au Salon de l'agriculture.(...).
La sécurité, d'abord. En plus des agents de sécurité élyséens qui guettaient dans les allées alentours, deux cordons de gardes du corps encadraient Nicolas Sarkozy et le long cortège présidentiel. Le premier autour de lui, et l'autre pour retenir les visiteurs et exposants qui n'étaient pas autorisés à s'approcher.
Les médias, ensuite. Entre les deux cordons, quelques journalistes dûment sélectionnés en possession d'un badge "Présidence de la République - Pool". Les seuls qui avaient droit de cité autour du chef de l'Etat. Les autres accréditations de presse ne permettaient à peine plus de s'approcher qu'un simple ticket d'entrée.
(Maltraités comme de simples quidam, réduits à l'état de public, d'anonyme ! Nous compatissons, en effet, puisque là réside le seul scandale pour beaucoup de journalistes, qui ne peuvent plus même prétendre figurer dans le cénacle du pouvoir pour en faire connaître au bon peuple, disent-ils, ce qu'ils jugeront utile de négocier de ses petits secrets et bons mots ...)
Le public, enfin. A côté des jeunes UMP venus acclamer Nicolas Sarkozy, la sécurité du Président veille. "Attention à l'homme en anorak rouge avec des cheveux blancs et des tracts verts à droite du cortège", "éloignez le gros barbu qui s'approche devant en jean et pull bleus"... Et lorsque certains osent dégainer une pancarte, ils sont écartés."
("...) Peut-être pas suffisant pour réhabiliter l’image passablement dégradée du chef de l’Etat. Cependant, le parti majoritaire a de la ressource. Ses jeunes surtout : les camarades de Benjamin Lancar ont lancé une campagne de soutien au Président. Et ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère : 50 000 affiches, un demi-million de tracts et une vidéo sur le Net vantant « un président à la hauteur des enjeux ». Il ne manque plus que des portraits géants de notre bienfaiteur brandis sur son passage à chacun de ses déplacements. (...)"

"( ...) dans une ville bien gérée, bien tenue, chaque lieu a sa fonction. Cette fonction n’est pas choisie, créée, inventée, par ses habitants au gré spontané de leurs désirs, mais déterminée par le dispositif, prescrite par le Plan. Cette place fut étudiée, conçue — dans l’économie générale de l’espace — comme lieu de rendez-vous, on n’aura donc nul besoin de s’y arrêter. Un lieu n’est fonctionnel que s’il fait circuler (il n’y a rien à voir) ; que s’il évite les accumulations, agrégations (gestion de flux) — favorise la dispersion ou les conditions de celle-ci (Hausmann). Sur le dessin, effrayant, que la Ville affiche fièrement sur un bâtiment de la place, comme promesse de modernisation [Ce mot, depuis dix ans, sert à désigner l’adaptation aux nécessités économiques — mais il se drape d’un accent positif de volontarisme et de neutralité : «La modernisation n’est ni de droite, ni de gauche ; elle est nécessaire.» En effet, la modernisation est la négation de la politique : elle est alignement sur la nécessité, adaptation aux «lois de la nature» (c’est-à-dire aux lois du marché).], seuls quelques bancs vagues, sur la surface aplanie, viendront bientôt remplacer la structure abattue. Des bancs-minutes, où vous ne restez pas, ou alors un instant, le temps qu’arrive votre rendez-vous, sous l’arbre. Pas besoin, non plus, de règlement. Pas de panneau «Espace interdit aux SDF», car alors le masque tomberait, l’intention, apparente, explicitée, serait inacceptable. Pas besoin d’ordre prononcé : c’est l’espace lui-même, tel qu’aménagé, disposé, arraisonné, qui produit le conditionnement de l’obéissance à cet ordre, laquelle sera obtenue avant même celui-ci prononcé. La violence de l’ordre diffuse ainsi dans tout l’espace, n’est plus nulle part localisable. Elle le serait sur un panneau d’interdiction, sur l’uniforme d’un policier ou d’un vigile, chargés de refouler hors de la place les vagabonds et clochards. Diffusée dans l’architecture entière, ce( ...) dans une ville bien gérée, bien tenue, chaque lieu a sa fonction. Cette fonction n’est pas choisie, créée, inventée, par ses habitants au gré spontané de leurs désirs, mais déterminée par le dispositif, prescrite par le Plan. Cette place fut étudiée, conçue — dans l’économie générale de l’espace — comme lieu de rendez-vous, on n’aura donc nul besoin de s’y arrêter. Un lieu n’est fonctionnel que s’il fait circuler (il n’y a rien à voir) ; que s’il évite les accumulations, agrégations (gestion de flux) — favorise la dispersion ou les conditions de celle-ci (Hausmann). Sur le dessin, effrayant, que la Ville affiche fièrement sur un bâtiment de la place, comme promesse de modernisation [Ce mot, depuis dix ans, sert à désigner l’adaptation aux nécessités économiques — mais il se drape d’un accent positif de volontarisme et de neutralité : «La modernisation n’est ni de droite, ni de gauche ; elle est nécessaire.» En effet, la modernisation est la négation de la politique : elle est alignement sur la nécessité, adaptation aux «lois de la nature» (c’est-à-dire aux lois du marché).], seuls quelques bancs vagues, sur la surface aplanie, viendront bientôt remplacer la structure abattue. Des bancs-minutes, où vous ne restez pas, ou alors un instant, le temps qu’arrive votre rendez-vous, sous l’arbre. Pas besoin, non plus, de règlement. Pas de panneau «Espace interdit aux SDF», car alors le masque tomberait, l’intention, toute violence se rend invisible, se drape.
(...)
"Bien découpée, bien arraisonnée, soumettant l’espace aux dispositifs, la ville se gère d’elle-même. La surveillance s’exerce silencieusement : le ronronnement d’un moteur de caméra est imperceptible. Un aménagement sera certes un peu bruyant le temps des travaux ; mais une fois achevé, il se taira pour toujours ; il fonctionnera dans le silence de l’ordre tu. La police, donc, devient inutile. Elle n’a plus qu’à se montrer souriante, à l’écoute du citoyen, proche. Elle sera bientôt le dernier service public. Elle le sait ; elle a sa tâche à cœur. Malgré son arme, ou grâce à elle, l’agent de police vous indique votre chemin.
Ce projet d’aménagement est d’une violence incommensurable, mais savamment tue — artistement masquée. Or, si par malheur il arrivait qu’un habitant, excédé de la violence publique, allât jusqu’à s’en prendre à ce «mobilier» urbain — jusqu’à le déraciner, le jeter dans le Doubs, en faire un feu émancipateur ; on parlerait de violence intolérable, de vandalisme, et de racaille. En revanche une violence, qui asservit, contrôle, gère des vies humaines, porte un autre nom : ce nom est aménagement."
Dans “Les situationnistes et les nouvelles formes d’action dans la politique ou l’art” (Ed. Mille et une nuits 2001, p.47), Guy Debord écrivait : "(...) Une même société de l’aliénation, du contrôle totalitaire, de la consommation spectaculaire passive, règne partout, malgré quelques variétés dans ses déguisements idéologiques et juridiques; On ne peut comprendre la cohérence de cette société sans une critique totale, éclairée par le projet inverse d’une créativité libérée, le projet de la domination de tous les hommes sur leur propre histoire, à tous les niveaux.
(...)
En outre, le développement matériel du monde s’est accéléré. Il accumule toujours plus de pouvoirs virtuels ; et les spécialistes de la direction de la société, du fait même de leur rôle de conservateurs de la passivité, sont forcés d’en ignorer l’emploi. Ce développement accumule en même temps une insatisfaction généralisée et de mortels périls objectifs, que ces dirigeants spécialisés sont incapables de contrôler durablement. "
3- À propos du “nuage” de Tchernobyl, les auteurs de son “anatomie” écrivent en 1986 : “Telle une grande loupe braquée sur les aberrations de l’époque, sur l’impuissance technique et la surcapacité en mensonges des États visités, ce puissant révélateur rend plus lucides encore ceux qui l’étaient déjà, et contraint à un effort supplémentaire d’aveuglement les vaillants partisans de l’ignorance, exacerbant ainsi une division essentielle que les fausses oppositions de la politique ont pour fonction d’occulter. La belle unité du troupeau résistera-t-elle à la répétition de pareils chocs ? Que peut opposer l’ordre dominant à une si étrange entité, qui ne s’embarrasse pas plus des contrôles d’identité que des visas d’immigration par lesquels les polices de ce monde, dans leur agitation liliputienne, prétendent avec le plus grand ridicule entraver la circulation mondiale des périls ? Pendant que les petits épiciers de la sécurité s’en prennent, le plus bruyamment possible, aux petits artisans du terrorisme, catégorie qui permet de confondre pêle-mêle le petit et le grand banditisme, l’espionnage étranger, la contestation politique, les loubards en colère et les maris jaloux, pour souder autour d’eux, par cette pédagoogie simpliste, le gros des populations, des évènements moins puérils ravagent le globe dans la plus grande discrétion.” (Tchernobyl anatomie d’un nuage Ed. G. Lebovici Paris 1987, p.9-10)
Le mensonge s’est toujours plus approfondi et étendu, s’enrichissant des stupides et mauvaises manières du pays du mensonge déconcertant, dont les frontières se dissolurent, comme par magie en 1989, lorgnant, pour toujours plus de perfection, vers les méthodes du neo-despotisme oriental associées à la technologie la plus sophistiquée, poursuivant, redoublant le phantasme totalitaire du contrôle absolu, déjà matérialisé dans la structure marchande de l’espace, celui où nulle trace n’échapperait à la “traçabilité”, où la vie serait totalement reproductible sur ses traceurs.
Nul ne sait mieux peindre les monts, les mers et les brumes de la grande Chine que Wang-Fô. Accompagné de son fidèle disciple Ling, il vagabonde à travers le royaume des Han, peignant ici et là dans le seul but de manger. Sur ordre du Fils du Ciel, des soldats les arrêtent et les conduisent devant le jeune Empereur qui s'explique. Ayant baigné, enfant, dans un monde de paix et de beauté - la collection des œuvres de Wang-Fô que possédait son père -, voilà la réalité de mon futur royaume, pensait-il. Mais la réalité était tout autre. Comment survivre aujourd'hui à la dureté du monde, à la laideur de ses villages, à la vulgarité de ses soldats ? Toute sa puissance ne lui donnera jamais accès au «chemin des mille courbes et des dix mille couleurs» où règne Wang-Fô. Condamné à terminer une toile inachevée avant d'affreux supplices, le vieux maître prouvera que l’ordre règne mais ne gouverne pas. (Nouvelles orientales. M. Yourcenar Ed. Gallimard 1963), de telles méthodes n'étant révélatrices que de la terreur hystérique de ne rien savoir, c'est-à-dire contrôler, désormais éprouvée par ceux qui prétendant gérer une société dont ils se sont coupés jusqu’à en nier même l’existence.
"Les Lords reprennent la définition de l'Ico, la Cnil locale : « Quand nous découvrons une attention délibérée, habituelle, systématique et polarisée sur les détails personnels au nom du contrôle, du droit, de la gestion, de l'influence ou de la protection, nous avons sous les yeux une surveillance ».
Selon le document, l'avènement de cette « société de la surveillance » (...) (est causé par) « les effets cumulatifs de développements séparés qui ont été menés pour des motifs apparemment bénins ». Ces « effets » sont en premier lieu les nombreux développements technologiques que la Grande-Bretagne a adopté sans véritable débat public.
(...)
"Pour ce qui concerne la base nationale d'ADN, là encore, la Grande-Bretagne, pays de l’habeas corpus, (...) aurait en stock les échantillons d'ADN de 7,39% de sa population, contre 0.5% aux Etats-Unis. Plus que le principe du recueil d'ADN, ce sont ses modalités qui sont mises en cause. La Grande-Bretagne garde en effet indéfiniment ses échantillons, y compris pour des innocents, parfois à peine âgés de 10 ans. Un procédé qui revient, selon la directrice de l'ONG GeneWatch, à un « étiquetage biologique » qui aboutit à traiter les gens comme « suspects de n'importe quel crime futur ».
Dans son "Rapport sur la construction des situations" (1957 - Ed. Mille et une nuits 200, p.44), Guy Debord écrivait comme “ Nos tâches immédiates : Nous devons (...) opposer concrètement, en toute occasion, aux reflets du mode de vie capitaliste, d’autres modes de vie désirables ; détruire, par tous les moyens hyper-politiques, l’idée bourgeoise du bonheur.”
Pour ce qui est de sa destruction, il semble bien que cet ordre putride s’en soit largement occupé, réduisant de lui-même à néant tout ce qui pouvait être désirable de la vie bourgeoise, même si des relents continuent d’être réinjectés sans cesse dans les machines à décerveler, comme autant d’effluves du temple, pourrissement sans fin de ce qui est dépassé.
Des perspectives nouvelles surgissent de l’expérimentation même de ce qui n’est plus vivable. Reste à leur donner sens.
(...)
"Bien découpée, bien arraisonnée, soumettant l’espace aux dispositifs, la ville se gère d’elle-même. La surveillance s’exerce silencieusement : le ronronnement d’un moteur de caméra est imperceptible. Un aménagement sera certes un peu bruyant le temps des travaux ; mais une fois achevé, il se taira pour toujours ; il fonctionnera dans le silence de l’ordre tu. La police, donc, devient inutile. Elle n’a plus qu’à se montrer souriante, à l’écoute du citoyen, proche. Elle sera bientôt le dernier service public. Elle le sait ; elle a sa tâche à cœur. Malgré son arme, ou grâce à elle, l’agent de police vous indique votre chemin.
Ce projet d’aménagement est d’une violence incommensurable, mais savamment tue — artistement masquée. Or, si par malheur il arrivait qu’un habitant, excédé de la violence publique, allât jusqu’à s’en prendre à ce «mobilier» urbain — jusqu’à le déraciner, le jeter dans le Doubs, en faire un feu émancipateur ; on parlerait de violence intolérable, de vandalisme, et de racaille. En revanche une violence, qui asservit, contrôle, gère des vies humaines, porte un autre nom : ce nom est aménagement."
Dans “Les situationnistes et les nouvelles formes d’action dans la politique ou l’art” (Ed. Mille et une nuits 2001, p.47), Guy Debord écrivait : "(...) Une même société de l’aliénation, du contrôle totalitaire, de la consommation spectaculaire passive, règne partout, malgré quelques variétés dans ses déguisements idéologiques et juridiques; On ne peut comprendre la cohérence de cette société sans une critique totale, éclairée par le projet inverse d’une créativité libérée, le projet de la domination de tous les hommes sur leur propre histoire, à tous les niveaux.
(...)
En outre, le développement matériel du monde s’est accéléré. Il accumule toujours plus de pouvoirs virtuels ; et les spécialistes de la direction de la société, du fait même de leur rôle de conservateurs de la passivité, sont forcés d’en ignorer l’emploi. Ce développement accumule en même temps une insatisfaction généralisée et de mortels périls objectifs, que ces dirigeants spécialisés sont incapables de contrôler durablement. "
3- À propos du “nuage” de Tchernobyl, les auteurs de son “anatomie” écrivent en 1986 : “Telle une grande loupe braquée sur les aberrations de l’époque, sur l’impuissance technique et la surcapacité en mensonges des États visités, ce puissant révélateur rend plus lucides encore ceux qui l’étaient déjà, et contraint à un effort supplémentaire d’aveuglement les vaillants partisans de l’ignorance, exacerbant ainsi une division essentielle que les fausses oppositions de la politique ont pour fonction d’occulter. La belle unité du troupeau résistera-t-elle à la répétition de pareils chocs ? Que peut opposer l’ordre dominant à une si étrange entité, qui ne s’embarrasse pas plus des contrôles d’identité que des visas d’immigration par lesquels les polices de ce monde, dans leur agitation liliputienne, prétendent avec le plus grand ridicule entraver la circulation mondiale des périls ? Pendant que les petits épiciers de la sécurité s’en prennent, le plus bruyamment possible, aux petits artisans du terrorisme, catégorie qui permet de confondre pêle-mêle le petit et le grand banditisme, l’espionnage étranger, la contestation politique, les loubards en colère et les maris jaloux, pour souder autour d’eux, par cette pédagoogie simpliste, le gros des populations, des évènements moins puérils ravagent le globe dans la plus grande discrétion.” (Tchernobyl anatomie d’un nuage Ed. G. Lebovici Paris 1987, p.9-10)
Le mensonge s’est toujours plus approfondi et étendu, s’enrichissant des stupides et mauvaises manières du pays du mensonge déconcertant, dont les frontières se dissolurent, comme par magie en 1989, lorgnant, pour toujours plus de perfection, vers les méthodes du neo-despotisme oriental associées à la technologie la plus sophistiquée, poursuivant, redoublant le phantasme totalitaire du contrôle absolu, déjà matérialisé dans la structure marchande de l’espace, celui où nulle trace n’échapperait à la “traçabilité”, où la vie serait totalement reproductible sur ses traceurs.
Nul ne sait mieux peindre les monts, les mers et les brumes de la grande Chine que Wang-Fô. Accompagné de son fidèle disciple Ling, il vagabonde à travers le royaume des Han, peignant ici et là dans le seul but de manger. Sur ordre du Fils du Ciel, des soldats les arrêtent et les conduisent devant le jeune Empereur qui s'explique. Ayant baigné, enfant, dans un monde de paix et de beauté - la collection des œuvres de Wang-Fô que possédait son père -, voilà la réalité de mon futur royaume, pensait-il. Mais la réalité était tout autre. Comment survivre aujourd'hui à la dureté du monde, à la laideur de ses villages, à la vulgarité de ses soldats ? Toute sa puissance ne lui donnera jamais accès au «chemin des mille courbes et des dix mille couleurs» où règne Wang-Fô. Condamné à terminer une toile inachevée avant d'affreux supplices, le vieux maître prouvera que l’ordre règne mais ne gouverne pas. (Nouvelles orientales. M. Yourcenar Ed. Gallimard 1963), de telles méthodes n'étant révélatrices que de la terreur hystérique de ne rien savoir, c'est-à-dire contrôler, désormais éprouvée par ceux qui prétendant gérer une société dont ils se sont coupés jusqu’à en nier même l’existence.
"Les Lords reprennent la définition de l'Ico, la Cnil locale : « Quand nous découvrons une attention délibérée, habituelle, systématique et polarisée sur les détails personnels au nom du contrôle, du droit, de la gestion, de l'influence ou de la protection, nous avons sous les yeux une surveillance ».
Selon le document, l'avènement de cette « société de la surveillance » (...) (est causé par) « les effets cumulatifs de développements séparés qui ont été menés pour des motifs apparemment bénins ». Ces « effets » sont en premier lieu les nombreux développements technologiques que la Grande-Bretagne a adopté sans véritable débat public.
(...)
"Pour ce qui concerne la base nationale d'ADN, là encore, la Grande-Bretagne, pays de l’habeas corpus, (...) aurait en stock les échantillons d'ADN de 7,39% de sa population, contre 0.5% aux Etats-Unis. Plus que le principe du recueil d'ADN, ce sont ses modalités qui sont mises en cause. La Grande-Bretagne garde en effet indéfiniment ses échantillons, y compris pour des innocents, parfois à peine âgés de 10 ans. Un procédé qui revient, selon la directrice de l'ONG GeneWatch, à un « étiquetage biologique » qui aboutit à traiter les gens comme « suspects de n'importe quel crime futur ».
Dans son "Rapport sur la construction des situations" (1957 - Ed. Mille et une nuits 200, p.44), Guy Debord écrivait comme “ Nos tâches immédiates : Nous devons (...) opposer concrètement, en toute occasion, aux reflets du mode de vie capitaliste, d’autres modes de vie désirables ; détruire, par tous les moyens hyper-politiques, l’idée bourgeoise du bonheur.”
Pour ce qui est de sa destruction, il semble bien que cet ordre putride s’en soit largement occupé, réduisant de lui-même à néant tout ce qui pouvait être désirable de la vie bourgeoise, même si des relents continuent d’être réinjectés sans cesse dans les machines à décerveler, comme autant d’effluves du temple, pourrissement sans fin de ce qui est dépassé.
Des perspectives nouvelles surgissent de l’expérimentation même de ce qui n’est plus vivable. Reste à leur donner sens.
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