Du fétichisme
M. Kouchner, sémillant commis aux Affaires étrangères, hésiterait, nous fait-on savoir, quant au vote dont il voudra bien honorer quelque parti.
On nous rebat les oreilles d"informations, c'est bien connu, aux fins, notamment, de disperser notre attention ainsi noyée dans un tourbillon incessant d'insignifiance, toute information nouvelle recouvrant celles déjà considérées comme dépassées, bien qu'il s'agisse le plus souvent de la même information simplement "relookée".
Mais au-delà du fait que certains parlent pour ne rien dire, que le bruit pour la production duquel ils sont (grassement) rémunérés, quand d'autres tentent simplement de faire parler d'eux quand ils n'ont rien à dire, ce qui peut nous intéresser, ici, est la question de la "désertion".
Non qu'elle soit ici avérée, puisque, contrairement à ce que l'on prétend nous faire croire, tous les partis dits de gouvernement, y compris ceux de sa prétendue opposition, se ressemblent à s'y méprendre - la démocratie ayant "nettoyé" bien proprement tout point de vue "non démocratique" (sic !...) -, mais pour ce qu'elle réfère à une considération de Günther Anders, dans son ouvrage de 1956, traduit et édité en langue française en 2001, "L'Obsolescence de l'homme" (Ed. de l' Encyclopédie des nuisances / Ed. Ivréa).
Cet auteur note que "la désertion de celui qui est menacé et son passage dans le camp, ou du moins dans le système des valeurs, de ceux qui le menacent sont familiers à tout observateur de la vie politiqaue contemporaine (...) C'est presque toujours en ayant l'illusion d'agir selon son libre-arbitre qu'il accomplissait cette désertion. Avoir réussi à forcer, d'une façon plus ou moins douce, ce libre-arbitre est la véritable réussite des contre-révolutions de notre temps." (note 6 p. 46).
Dans 1984, d'Orwell, cette "désertion" sera le retournement final de Winston, qui aimera Big Brother. Dans 2009, l'odyssée de la franchouillardise, certain n'hésite plus à décréter, on ne dira pas plus royaliste (!...), mais plus paponiste que le mentor de service, menacé par la simple trouille de ne pas suffisamment apparaître bien de son temps de couardise, d'"entre-soi". Cet entre-soi que cherche à faire valoir, comme une marchandise dans l'air du temps, cette entreprise de service public qui, ghettoïsant ses wagons par catégories d'usagers, rappelle, bien innocemment, la vérité profonde de la marchandise.
On constate être bien éloigné ici du personnage au début évoqué, mais s'il est question de "désertion" chez Anders, c'est bien plutôt du fait, mis en évidence par cet auteur il y a déjà plus d'un demi-siècle, du dernier degré de la réification de l'homme, atteint, désormais, quand ce n'est plus sa réification que l'homme rejette, mais sa non-réification !... En d'autres termes, il VEUT être une chose, produite, fabriquée, c'est-à-dire, à ses yeux aveuglés, inégalable en puissance et surtout, contrairement à lui, perfectible, quand lui, pauvre humain, par nature limité, s'avère toujours plus, ainsi que le signale Anders, un obstacle, voire une menace pour la marche du Progrès.
Nec plus ultra, cette répulsion de sa réification, de sa transformation en chose, n'est plus même un jugement conscient, délibéré, mais un sentiment, celui de la honte de n'être pas une chose produite dans les usines de la perfection. Ainsi, dit-il de l'homme parvenu à ce degré d'aliénation, nous, donc, qui en sommes à rêver, nous fait-on savoir, de porter, mieux d'être, tels des "cybers", ce que nos usines produisent à la chaîne : "intimidé par la supériorité ontologique et la puissance des produits, il a déjà déserté son camp et rejoint le leur. Il a adopté non seulement leur point de vue et leurs critères, mais aussi leurs sentiments : il se méprise maintenant comme les choses, si elles le pouvaient, le mépriseraient."
En un demi-siècle, en matière de mépris, il est vrai, d'immenses progrès ont été accomplis, grâce auquels cette démocratie des choses - dans laquelle les choses s'expriment, chantent et sourient quand les hommes ne possèdent plus même le sens des mots qu'ils prononcent encore parfois pour émettre quelque vague impression que leur auront produites ces choses - a désormais ses interprètes et porte-voix, grand-prêtres de neo-Pharaon, salariés des mystères de la divinité et de ses courroux.
Outre qu'il ne saurait être question de se produire dans les défilés de mode des cités de banlieues et autres places de leus villes sans être dûment parés de marques et prothèses pour hommes en ruines que nous sommes devenus, on se reportera, à l'occasion, au fameux discours de notre si aimable parapluie de l'Intérieur, qui a su mettre le doigt sur un élément évident de la culpabilité des sournois terroristes de Tarnac : ils n'utilisaient pas de téléphones mobiles.
Ainsi que le note Anders (op. cité, p.16) : "Que, dans le pays où la liberté de l'individu s'écrit en lettres majuscules, on désigne certaines marchandises comme des "musts", c'est-à-dire comme des marchandises qu'il faut absolument posséder, cela n'évoque pas précisément la liberté. Ce terme de "must" est d'ailleurs tout à fait justifié car le manque d'un seul de ces instruments qui sont devenus des "musts" fera vaciller tout l'appareillage vital constitué par l'ensemble des instruments et des produits. Celui qui prend la liberté de renoncer à l'un d'eux renonce ainsi à tous, et donc à sa propre vie." ...
Voici qui nous permet, entre autre, de mieux comprendre que l'on maintienne en prison un homme, Julien Coupat, qui a eu le tort, manifestement, de ne pas vivre normalement, c'est-à-dire de ne pas porter les choses que chacun, désormais, SE DOIT de porter ... c'est-à-dire de faire vivre (en dépit de leur "supériorité ontologique", ces produits continuent - c'est là, malheureusement pour eux, leur indigne destinée - d'avoir besoin de nos mains, asservies, et cerveaux, dérangés, pour les produire et de nos salaires pour les "sortir" promener ...).
On nous rebat les oreilles d"informations, c'est bien connu, aux fins, notamment, de disperser notre attention ainsi noyée dans un tourbillon incessant d'insignifiance, toute information nouvelle recouvrant celles déjà considérées comme dépassées, bien qu'il s'agisse le plus souvent de la même information simplement "relookée".
Mais au-delà du fait que certains parlent pour ne rien dire, que le bruit pour la production duquel ils sont (grassement) rémunérés, quand d'autres tentent simplement de faire parler d'eux quand ils n'ont rien à dire, ce qui peut nous intéresser, ici, est la question de la "désertion".
Non qu'elle soit ici avérée, puisque, contrairement à ce que l'on prétend nous faire croire, tous les partis dits de gouvernement, y compris ceux de sa prétendue opposition, se ressemblent à s'y méprendre - la démocratie ayant "nettoyé" bien proprement tout point de vue "non démocratique" (sic !...) -, mais pour ce qu'elle réfère à une considération de Günther Anders, dans son ouvrage de 1956, traduit et édité en langue française en 2001, "L'Obsolescence de l'homme" (Ed. de l' Encyclopédie des nuisances / Ed. Ivréa).
Cet auteur note que "la désertion de celui qui est menacé et son passage dans le camp, ou du moins dans le système des valeurs, de ceux qui le menacent sont familiers à tout observateur de la vie politiqaue contemporaine (...) C'est presque toujours en ayant l'illusion d'agir selon son libre-arbitre qu'il accomplissait cette désertion. Avoir réussi à forcer, d'une façon plus ou moins douce, ce libre-arbitre est la véritable réussite des contre-révolutions de notre temps." (note 6 p. 46).
Dans 1984, d'Orwell, cette "désertion" sera le retournement final de Winston, qui aimera Big Brother. Dans 2009, l'odyssée de la franchouillardise, certain n'hésite plus à décréter, on ne dira pas plus royaliste (!...), mais plus paponiste que le mentor de service, menacé par la simple trouille de ne pas suffisamment apparaître bien de son temps de couardise, d'"entre-soi". Cet entre-soi que cherche à faire valoir, comme une marchandise dans l'air du temps, cette entreprise de service public qui, ghettoïsant ses wagons par catégories d'usagers, rappelle, bien innocemment, la vérité profonde de la marchandise.
On constate être bien éloigné ici du personnage au début évoqué, mais s'il est question de "désertion" chez Anders, c'est bien plutôt du fait, mis en évidence par cet auteur il y a déjà plus d'un demi-siècle, du dernier degré de la réification de l'homme, atteint, désormais, quand ce n'est plus sa réification que l'homme rejette, mais sa non-réification !... En d'autres termes, il VEUT être une chose, produite, fabriquée, c'est-à-dire, à ses yeux aveuglés, inégalable en puissance et surtout, contrairement à lui, perfectible, quand lui, pauvre humain, par nature limité, s'avère toujours plus, ainsi que le signale Anders, un obstacle, voire une menace pour la marche du Progrès.
Nec plus ultra, cette répulsion de sa réification, de sa transformation en chose, n'est plus même un jugement conscient, délibéré, mais un sentiment, celui de la honte de n'être pas une chose produite dans les usines de la perfection. Ainsi, dit-il de l'homme parvenu à ce degré d'aliénation, nous, donc, qui en sommes à rêver, nous fait-on savoir, de porter, mieux d'être, tels des "cybers", ce que nos usines produisent à la chaîne : "intimidé par la supériorité ontologique et la puissance des produits, il a déjà déserté son camp et rejoint le leur. Il a adopté non seulement leur point de vue et leurs critères, mais aussi leurs sentiments : il se méprise maintenant comme les choses, si elles le pouvaient, le mépriseraient."
En un demi-siècle, en matière de mépris, il est vrai, d'immenses progrès ont été accomplis, grâce auquels cette démocratie des choses - dans laquelle les choses s'expriment, chantent et sourient quand les hommes ne possèdent plus même le sens des mots qu'ils prononcent encore parfois pour émettre quelque vague impression que leur auront produites ces choses - a désormais ses interprètes et porte-voix, grand-prêtres de neo-Pharaon, salariés des mystères de la divinité et de ses courroux.
Outre qu'il ne saurait être question de se produire dans les défilés de mode des cités de banlieues et autres places de leus villes sans être dûment parés de marques et prothèses pour hommes en ruines que nous sommes devenus, on se reportera, à l'occasion, au fameux discours de notre si aimable parapluie de l'Intérieur, qui a su mettre le doigt sur un élément évident de la culpabilité des sournois terroristes de Tarnac : ils n'utilisaient pas de téléphones mobiles.
Ainsi que le note Anders (op. cité, p.16) : "Que, dans le pays où la liberté de l'individu s'écrit en lettres majuscules, on désigne certaines marchandises comme des "musts", c'est-à-dire comme des marchandises qu'il faut absolument posséder, cela n'évoque pas précisément la liberté. Ce terme de "must" est d'ailleurs tout à fait justifié car le manque d'un seul de ces instruments qui sont devenus des "musts" fera vaciller tout l'appareillage vital constitué par l'ensemble des instruments et des produits. Celui qui prend la liberté de renoncer à l'un d'eux renonce ainsi à tous, et donc à sa propre vie." ...
Voici qui nous permet, entre autre, de mieux comprendre que l'on maintienne en prison un homme, Julien Coupat, qui a eu le tort, manifestement, de ne pas vivre normalement, c'est-à-dire de ne pas porter les choses que chacun, désormais, SE DOIT de porter ... c'est-à-dire de faire vivre (en dépit de leur "supériorité ontologique", ces produits continuent - c'est là, malheureusement pour eux, leur indigne destinée - d'avoir besoin de nos mains, asservies, et cerveaux, dérangés, pour les produire et de nos salaires pour les "sortir" promener ...).
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