Culture de l'anesthésie : ce que l'on DOIT voir ... (et entendre !)

Publié le par Pim

"Le sage montre la lune, ...", dit l'adage

Suite à la décision de la Cour d’appel de New York qui avait ordonné au Pentagone, le mois dernier, de publier, avant le 28 mai, les photos montrant les sévices qui auraient été exercés par des soldats américains contre des détenus en Irak et en Afghanistan, le président en fonction des États-unis d'Amérique, M. Barack Obama, s'est opposé à leur publication.
"La publication des photos, explique-t-on à la Maison Blanche, aurait eu pour conséquence de déchaîner les passions anti-américaines dans certaines régions du monde, et aurait mis en danger les soldats déployés en Irak et en Afghanistan."

Une véritable "vision du monde", Weltanschauung analogue à celle promue de manière si "réaliste" dans ces supermarchés, au milieu des poubelles desquels on doit faire ses emplettes, et qui vous assurent  - avec la plus parfaite ingénuité, à laquelle, bien évidemment, il ne saurait être question de ne pas CROIRE -, de leur respect  rigoureux de l'hygiène, cette religion du consommateur ad hoc.

Dans ce pays, donc, les États-unis d'Amérique, pétri de puritanisme, dirigé par un président élu pour nettoyer l'image du pays "ternie" de gerbes et autres prédations sans vergogne de l'administration précédente, ce n'est pas la honte d'un acte commis qui justifie d'une telle décision, non plus que leur publication participe de et entretienne cette culture de l'anesthésie, si prisée parce que morbide, mais ... la "sécurité" des soldats des États-Unis, en "mission pour le Bien de l'Humanité" avec une grande H,  comme chacun le sait !... 
En clair, dans un monde dont la réalité n'est que celle de ses images produites et vendues, inutile de jeter de l'huile sur le feu : dans la plus pure tradition de la recomposition de cette réalité là, visible parce qu'officielle, patiemment remodelée chaque jour par les petites mains du ministère de la Vérité (1984), les États-unis n'ont jamais rien fait de répréhensible puisque les images qui en témoigneraient n'en rendent pas compte ...

Voici qui ne s'éloigne guère de la politique de l'administration précédente qui, par souci que rien n'en soit su qui puisse ternir "l'image" de haute probité de la Première démocratie du monde, exportait sur des bases secrètes les "combattants ennemis" afin de leur faire cracher leurs réseaux, comme aux bons vieux temps de l'Inquisition.
De même Guantanamo, ce camp de concentration de la Première démocratie du monde, victorieuse de la "barbarie nazie", est-il situé hors du territoire de cette belle démocratie, loué à "l'ennemi" cubain !... Et voici, qu'au nom des mêmes principes si purs, M. Obama a-t-il toutes les peines d'un président en exercice de faire adopter l'une des résolutions de son programme de campagne, la fermeture de ce camp de concentration hors droit et le rapatriement des prisonniers sur le sol états-unien. La "sécurité" des États-unis, ici encore, justifie de cette superbe hypocrisie qui trouve sa justification dans la trouille insane de ce peuple qui terrorise la planète au  nom de la "civilisation" qu'il représente, celle du hamburger et du Coca-cola, celle de Halliburton et de Blackwater, sans avoir jamais subi une seule agression de son territoire.
En d'autres termes, ce "peuple" de la religion du fric qui n'a pas hésité à réélire un Bush, mal élu, pour la sécurité qu'il lui faisait miroiter, ne veut RIEN savoir aujourd'hui de ses actes.
 
Ces farouches "démocrates" de supermarket fabriquent des situations qui les mettent dans le plus grand danger, mais dont ils ne veulent rien savoir. Usinées, précisément, pour leur permettre de se remplir le bide, se goinfrer en toute tranquilité, c'est-à-dire se vider la tête, quels que soient  leurs conséquences, donc, ou leurs fondements "éthiques" (un mot d'autant plus usité aujourd'hui que tout le monde se fout de ce qu'il peut vouloir dire), ces situations leur paraissent justifiées et comme "protectrices" de leur infantilisme qu'elles ne cessent de générer et de démultiplier.
C'est ainsi, par exemple, qu'une de leurs prêtres, en France, déclarée sociologue pour la circonstance, en vient à justifier leur goinfrerie, donnant au bon mot de Kommandantur du parapluie de l'Intérieur (à propos de la dite relation entre défaut de portable et "clandestinité") une caution "scientifique" (il en fallait une, à n'en pas douter) par un délire outrancier de plus, comme sait en créer de toute pièce cette société toujours plus délirante : «Ne pas avoir de mobile est devenu une discrimination».
La guerre contre le terrorisme n'est-elle pas une guerre intrinsèquement juste, destinée à faire entendre raison à la barbarie qui, sourde et aveugle, stupide et arriérée, en un mot ennemie, ne sait rien du Progrès et de ses délices qu'il y a à se faire masser le fion par des machines ?

C'est ainsi que la honte ici éprouvée est celle de devoir faire prendre des risques à ces machines coûteuses que sont les robots états-uniens envoyés au front contre ce terrorisme stupide et barbare, lequel, en vérité, ne pèse que de bien peu de poids, trop humain (on dit asymétrique, à présent, pour désigner ce rapport homme-machine), et ne mériterait guère que l'on s'y arrête si ce n'était qu'il sert d'alibi confortable (peu risqué) à l'emploi des robots, c'est-à-dire à leur fabrication.
Ainsi que la théorise Anders (op. cité), cette honte s'enracine bien plus avant qu'une simple culpabilité de prédateur - très aléatoire, en ce qu'elle suppose d'existence d'une conscience, toujours aussi malheureuse ... d'exister - , symptôme récurrent du terrorisme occidental planétaire : cette honte, éprouvée par ces populations, est bien plutôt celle de leur "humanité" - un terme, comme celui de conscience, tout à fait obsolète aujourd'hui (il ne figure plus, à titre de mémoire honorée, comme l'on honore un cher disparu dont on s'est empressé de dilapider l'héritage, que dans quelques expressions genre "crime contre l'humanité" - ça ne mange pas de pain) -.
Il convient plutôt de dire, à l'état où nous en sommes déjà rendus, honte de ses dernières traces, qui les pousse à toujours plus  "progresser" pour les effacer à jamais et devenir, enfin, ce qu'ils ont toujours été, robots dociles, de longue date éduqués à la domesticité, jetant leur gourme comme signe de leur libération, enfin débarrassés de cette pesante humanité aux si lourdes responsabilités.
Les robots ne pensent pas. Voilà qui allège nos "neo-humains" recomposés d'une bien chagrine obligation et les rapproche de manière quasi empathique, pourrait-on presque dire si les robots étaient susceptibles de tels états d'âme, de leurs chers soldats, robots admirables puisque déjà si bien rodés à la défense de la machine contre l'homme.

Allez ! Tous en solitaire !
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Publié dans De la Dépossession

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