De l'indignation en bouillon-cubes

Publié le par Pim

Un article d'un blog du nouvel.obs.com s'en prend à la culture du règne sarkozien, ou, plus exactement, à son absence.
Symptômatique de la position du "milieu intello" - du moins, s'auto-proclamant tel -, s'exhibant un tantitnet critique, pour aussitôt se démentir : il ne saurait être question de s'exposer, puisque, finalement, la liberté de s'exprimer existe en Douce France, n'en doutons nullement. N'en témoignent-ils pas, ces "intellos", eux qui ont tant à nous dire de leur insignifiance et ne cessent d'occuper, pour nous en rebattre les oreilles, tous les organes de presse et autres médias ?
Ménager la chèvre et le chou, le sarkozy et le serf volant, telle est bien la "lutte finale" de ce "milieu", bien au milieu, précisément, veillant avant tout à sa précieuse auto-conservation en bocaux dépressurisés et ne reprochant à ce dit gouvernement que de ne pas lui accorder la place qu'il mérite sûrement.

L'équipe en place est, n'en doutons pas un seul instant, à l'image de ce pays, la figure inversée, dans le miroir, de ses délires d'empire déchu, de roi du monde - "patrie des droits de l'homme", ainsi s'est-il lui-même défini - quand, par une ironie pas tout à fait hasardeuse, c'est en matière de liberté que ce pays se trouve être aujourd'hui le plus bafoué.
C'est ainsi que, davantage que d'un pays - ce qui n'est ni le cas, ni n'a, de fait, de sens dans les conditions de la présente domination -, le roy est de son temps, et son ministère, délégué de ci de là à quelques commis, a toutes les prérogatives de cette époque agitée, superficielle, sans autre ambition que de durer, d'une incompétence affichée, désormais sans vergogne puisque tout concourt à laisser supposer qu'elle ne saurait être critiquée, étant manifeste qu'elle est généralisée, marque de fabrique même de ces temps de supermarché, où la vie y est bafouée à tous les rayons.
Le prétexte, la justification de ce mandat de "mise au pas" de l'oie de ce pays fut de "rassurer" cette classe, historiquement pétocharde, des adeptes de la fréquentation assidue des chambres froides, et autres coffres-forts engrangeant toute leur patiente, désolante absence d'existence, eux-mêmes depuis toujours les deux pieds dans la tombe ; les moyens de cette élection furent la puissante batterie médiatique  - promotionnant le dernier cri en matière de kärcher auprès de masses déjà étourdies de pub - accompagnée, comme il se doit en toute guerre, de la non moins puissante mitraille des sondages ; mais la raison première de ce dit "mandat", son fondement, est la gifle qui devait être administrée à ce pays, décalé des impératifs de la gestion planétarisée, avec toute l'application souhaitable, par le Kapital internationalisé lui désignant son proconsul.
Chargé d'aligner ce pays, le dit proconsul aura commencé par ramener à sa juste place ce "milieu", auto-proclamé "république des lettres", qui se prend pour une exception quand il est surtout le producteur, et le vendeur, de toutes ces illusions dérisoires, de toute l'idéologie de donneur de leçons à l'air de la marchandise.
On notera ainsi qu'après l'avoir présenté comme la sécurité même, son soutien (intello)médiatique n'hésite plus, aujourd'hui, à dévoiler la figure de cette protection sous la forme d'un Napoléon, moderne au point d'avancer sous les traits d'un parrain tout-puissant faisant main basse sur une séparation des pouvoirs décidément bien facilement tombée. Sous emballage de l'indignation affichée, celle de ce milieu délicieusement effarouché, la marchandise vendue reste ici celle de la prétendue toute-puissance.


Il est amusant de considérer, à cet égard, la récente évolution du dossier judiciaire de l'expérience Coupat en matière d'anti-terrorisme (de même qu' il y a une expérience F. Lefebvre en matière de télé-domesticité). Ainsi que le notait Debord, en 1988, dans ses "Commentaires sur la société du spectacle", à propos des derniers progrés de la domination en matière de secret et de manipulation de l'opinion : " L'incertitude est ainsi organisée partout. La protection de la domination procède très souvent par fausses attaques, dont le traitement médiatique fera perdre de vue l'ensemble de l'opération " (XVIII).
L'anti-terrorisme se met ainsi en scène, importation de la méthode bushienne du Patriot act, méthode de dressage d'une population avant qu'elle ne s'avise de comprendre qu'il n'y a plus de pilote, que rien n'est plus gérable et que cela ne saurait que s'aggraver : installation d'un climat de peur ordinaire, sorte de beyrouthisation des démocraties justifiant, entre autres, toute mesure d'exception telles la présence permanente de militaires armés dans les rues, la fouille et la garde à vue systématisées, la violence policière ordinaire à l'endroit de quiconque.
Dans l'expérience Coupat, visant à cette installation, la cible est, croit-on, le cobaye tout désigné pour l'expérience - par les services du FBI eux-mêmes (comment, alors, ne pas y croire ?) - avec la précipitation que l'on met quand on flaire le coup médiatique juteux, et ne voilà-t'y pas que la baudruche se dégonfle, à l'encontre de tous les business-plans : le cobaye en question se révèle plus rétif que prévu, et, comble du malheur, alors que l'on avait, habilement, pensait-on, misé sur son appartenance de classe pour le mieux désigner comme un ennemi au bon peuple inculte, cette appartenance se retourne contre l'expérience même : le cobaye parle et sait manier la dialectique, tournant en dérision le foireux montage.
Le lendemain même de la publication par le quotidien Le Monde, une fois n'est pas coutume, des réponses écrites de Coupat aux questions de ses journalistes, le parquet découvre, soudain, qu'il n'y a plus de risques à le "libérer", sous surveillance et moyennant finances. Faut quand même ki paye, ah mais ! ...
Voilà bien toute la vérité mercantile de cette "affaire" à son épilogue : puisqu'il est manifestement devenu plus coûteux, pour la crédibilité de ce pouvoir, de maintenir la cible dans ce statut de fait de prisonnier d'opinion, sa libération devra, néanmoins,  la blesser en rapportant aux chasseurs une forme de "compensation pour leurs menus frais" ; à défaut de la peau de l'ours, ils devront, pour l'heure, se contenter de leur ridicule monnayé afin de ne pas perdre totalement la face.
Voilà qui éclaire aussi bien, si l'on en doutait encore, les piteuses compétences du Kapital à gérer ses coups fourrés, tant il n'a d'autre choix aujourd'hui, pour tenir ses immenses domaines du haut de ses jets et autres gratte-ciels, que de se payer le luxe de quelques intermédiaires qui n'ont plus même à faire la preuve qu'ils possèdent d'autre talent que celui que paye exclusivement cette époque, un féroce appétit.


Participant de ce lamentable spectacle, pour sa part, toujours sans autre avenir que la gestion du même, toute la gauche bien-pensante, celle qui a commencé par applaudir à l'arrestation des "terroristes" de Tarnac, nouvel obs en tête, ou, pour la part plus prudente de ce "milieu", à n'en rien dire, aujourd'hui monte aujourd'hui si courageusement à la tribune pour se déclarer " indignée, solidaire", et quoi, encore, euh .... sans doute, à l'origine de la mise en défaut de cette expérience minable de l'anti-terrorisme en France .... Faudrait quand même pas qu'on oublie qu'il y a une gauche en France, dit-on, capable, comme on a pu le constater à ce propos, de se dresser contre la remise au goût du jour de la lettre de cachet, et autres marques d'un retour aux manières absolutistes d'avant la Révolution, ou, si l'on préfère, du stalinisme soviétique, chinois, coréen, ... (il y a le choix en la matière).

Mais, au-delà de la récupération, bien légitime, du boutiquier, qui doit survivre en ces temps de disette, et fidèle  en cela à sa tradition de négoce, ce qu'elle a dû concéder d'une main (en facilitant, tardivement, l'ouverture des pages du Monde), en ce que l'existence trop manifeste d'un prisonnier d'opinion constituait de camouflet POUR ELLE et de discrédit dangereux à terme, cette gauche le reprend de l'autre main, dévoilant son vrai boulot, "infect", quand a échoué la répression brutale de la critique par tous les moyens de basse police, consistant à déminer cette critique par le pathos : "Julien Coupat, le romantique de Tarnac, coupable de ce qu'il pensait et de ce qu'il avait dans la tête,...". Quelques mensonges grossiers qui ne peuvent, bien évidemment pas illusionner M. Montebourg, - ils ne feront pas de lui le nouveau Zola. - mais de manière plus réaliste, destinés à dénigrer ce qui ose s'opposer à la barbarie en marche.
Quand on n'utilise pas de portable, pour le parapluie de l'Intérieur comme pour cette gauche grelottante, on est nécessairement un doux rêveur, plus ou moins ridicule, avant que d'être coupable de ne pas marcher droit, bien évidemment, et non "de ce qu'il pensait et de ce qu'il avait dans la tête,..." (dont tout le monde se fout tant que tourne la caisse à billets). Ainsi l'utilisation, ici, de l'imparfait impose, comme évidence implicite, que Julien Coupat se sera rendu à la RAISON, si ce n'est d'État, du moins marchande, celle que tout le monde "raisonnable" a raisonnablement adoptée dans ses conduites, en abandonnant le "romantisme" à la jeunesse déraisonnable et toujours un peu "folle".
Mais les ratés du tiroir-caisse affolent le petit personnel gestionnaire, le contraignant d'ourdir et manigancer, et d'affubler la critique de divers quailificatifs chacun censés, à leur manière, en dévoyer ou désamorcer le sens.
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Publié dans De la Guerre

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D
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P
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